PLU : comment diminuer l’empreinte humaine ?

 

blog_immobilier_mur_vegetal_france.pngDernière ligne droite pour les travaux du Plan Local d’Urbanisme, du moins au niveau municipal, quelques derniers arbitrages, réunions et d’ici quelques semaines, le document sera dans les tuyaux !

Enfin aurais je tendance à dire d’une réflexion de fond ayant débuté début 2006. Outre l’intermède du aux élections municipales (presqu’une année), des raisons de fond, expliquent cette durée.
L’élaboration d’un document majeur pour le développement d’un territoire ne doit pas être prise à la légère, et il est nécessaire avant d’acter un document de cette importance, d’effectuer un tour d’horizon des réflexions en cours sur différentes échelles du territoire afin d’harmoniser lorsque c’est possible, la grande horloge des  mutations qui concernent les communes, les intercommunalités et plus globalement la société. Un réglage temporel qui permet d’intégrer à la réflexion en cours divers enjeux.

Citons, notamment  :

  • la montée en puissance de l’intercommunalité (réflexions autour du SCOT, du PLH et du PLD),
  • le développement de la gare SNCF en pôle d’échanges multimodal (surtout après le cadencement 2010),
  • nos obligations en matière de logement social
  • la priorité accordée au Développement Durable.

Cette priorité apparaît de manière évidente que ce soit dans les orientations générales du PADD (voir aprés) et du PLU (développement en cœur de ville afin de limiter l’étalement urbain et protéger la biodiversité), dans la nature des projets urbains en cours (création d’un éco quartier et d’un pôle multimodal d’échanges sur la gare SNCF) ou dans certaines mesures concrètes destinées à diminuer l’empreinte écologique sur le territoire de la commune.

Améliorer l’efficacité énergétique du bâti est une de ces mesures, le  bâtiment étant avec le transport une des causes majeures du réchauffement du à l’activité humaine. Jusqu’à aujourd’hui, la seule alternative pour les décideurs étaient de faire appel au sens militant et éco citoyen de certains pionniers (la notion d’avant gade) chez les constructeurs afin qu’ils acceptent de payer plus cher pour construire plus propre.

Il est impératif si l’on veut inciter le plus grand nombre à construire « écologique »de réduire cet écart financier. Car si cette solution constitue une bonne opportunité économique pour l’occupant (propriétaire ou locataire) du fait de la diminution des charges, pour le promoteur elle demeure toujours  un surcout, ce qui constitue un frein sérieux.

Alors, comment inciter le plus grand nombre à construire durable, alors que cela coute plus cher ? La bonification des droits à construire expérimentée sur le plan international par les Etats Unis (avec le « density bonus »,) et la  Suisse pour rendre acceptable les contraintes du label Minergie est une des pistes à explorer …

Pourquoi ?

 

 

 

Cet outil incitatif novateur repose sur un principe simple : récompenser les pratiques environnementales vertueuses des maîtres d’ouvrages en donnant des mètres carrés constructibles supplémentaires leur permettant d’atténuer le surcout occasionné. Incidence : Le coût global se réduit, la valeur d’usage des bâtiments augmente et les futurs occupants bénéficient d’économies de charge significatives.

La loi POPE (programme fixant les orientations de la politique énergétique) autorise cette mesure. Les communes disposent désormais d’un outil réglementaire leur permettant de bonifier le COS (voir après) dans la limite de 20 % pour les constructions répondant à des exigences énergétiques précises. Une logique « gagnant / gagnant » qui devrait s’imposer peu à peu. L’arrêté du 3 mai 2007 (JO du 15 mai) précise les conditions à remplir permettant de bénéficier de ce dépassement, notamment avec une simple décision du conseil municipal. (cf document édité par l’ADEME, trés clair sur le sujet)

Cette mesure s’adresse aux particuliers comme aux collectifs. Un promoteur peut désormais avoir avantage à construire vertueux : il bénéficie de 20% de surface constructible supplémentaire, ce qui lui permet d’atténuer d’autant l’impact financier du prix du foncier.
ce qui se révèle intéressant pour le logement social, car là plus qu’ailleurs construire durable est important écologiquement et financièrement, du fait de la diminution directe des charges.
Pour être éligible à cette bonification, les constructions doivent répondre aux labels THPE (très haute performance énergétique) ou BBC (bâtiment basse consommation), ce qui devrait évoluer dans les prochains mois. Notre volonté est d’agir également sur deux autres cibles environnementales : récupération de l’eau et e végétalisation, notamment pour les toitures ou les façades, en jouant également sur le CES (voir après) si nécessaire.  Nous avons intégrer ces mesures dans le PLU sur l’ensemble des zones.

Trilport fait partie d’une structure nationale de réflexion et de proposition concernant cette problématique, le club « bonification et construction durable » animée par l’ADEME et l’ARENE. Instance destinée à explorer les perspectives ouvertes notamment par le Grenelle 2 et qui réunit des collectivités diverses, idisposant d’un acquis en matière de rénovations, constructions durables et approches innovantes.

Le projet de loi Grenelle 2 prévoit la possibilité de dépasser dans la limite de 30 % les règles relatives au gabarit, à la hauteur, à l’emprise au sol et à la densité d’occupation des sols. Un dépassement qui peut être modulé ou supprimé selon les secteurs. Ces dispositions se substitueront, en les élargissant, à celles du « COS bonifié ». Ces pistes intéressantes soulèvent cependant certaines interrogations : hauteur du bâti, possibilité d’autoriser la construction d’un niveau supplémentaire, peut on limiter la qualité de vie à la seule efficacité énergétique, nature des référentiels, labels ou niveaux de performance exigés, thématiques environnementales poursuivies (eau, bruit, qualité de l’air, richesse de la biodiversité » …).

Les travaux  autour du Grand Paris témoignent de cette tendance vers une densification accrue reposant sur une verticalisation croissante notamment dans les secteurs situés à proximité des transports collectifs, des orientations qui accompagnent le concept de ville durable préconisé par nombre d’urbanistes.

Autant il faut reconnaître l’efficacité énergétique de ces choix, autant sur la densification, il est important de l’adapter au contexte local,  de diversifier les modes d’organisation urbaines et les confronter à nos villes actuelles, afin que celle ci gardent l’identité qui fait leur charme. Cette question d’appartenance, de quête identitaire, chacun en conviendra est une donnée à ne pas négliger. C’est ce qui différencie une fourmilière, ou une ruche et nos villages.

Voilà qui nous promet une période d’innovation architecturale et technique, mais où les urbanistes et le architectes devront placer au premier plan de leurs priorités l’épanouissement des futurs habitants, qui ont besoin de lumière, de végétal et de perspectives, dans tous les sens que revêt ce terme !

 

Outils d’urbanisme

L’article 30 de la loi POPE.

! L’article 30 de la loi POPE a complété le code de l’urbanisme par un chapitre VIII ainsi rédigé :

! Art. L. 128-1. ! Le dépassement du coefficient d’occupation des sols est autorisé, dans la limite de 20 % et dans le respect des autres règles du plan local d’urbanisme, pour les constructions remplissant des critères de performance énergétique ou comportant des équipements de production d’énergie renouvelable.

Un décret en Conseil d’Etat détermine les critères de performance et les équipements pris en compte.

La partie de la construction en dépassement n’est pas assujettie au versement résultant du dépassement du plafond légal de densité.

! Art. L. 128-2. ! Les dispositions de l’article L. 128-1 sont rendues applicables dans la commune par décision de son conseil municipal.

 

Arrêtés de Mai 2007

 

Qu’est-ce que le COS ?

Le Coefficient d’Occupation des Sols est la valeur qui détermine sur un terrain la possibilité maximale de réalisation de SHON. Exemple : Pour un terrain de 600 m² avec un COS de 0,6 (qui est la valeur classique en zone résidentielle), l’opération est la suivante 600 x 0.6 = 360 m² de SHON. Pour un terrain de 270 m² avec un COS de 1,8 (zone plus urbaine), le résultat est le suivant 270 x 1,8 = 486 m² de SHON.

 

Qu’est-ce que le CES ?

Le CES ou coefficient d’emprise au sol est un coefficient fourni par l’administration (Mairie, DDE) permettant de définir la surface constructible de chaque parcelle. Le CES , comme le COS ,peut être différent sur deux parcelles contigues ou sur une même parcelle.

Le PLU ou plan local d’urbanisme définit la zone dont dépend votre parcelle et donne les orientations de constructibilités. Sur le réglement dont dépend votre parcelle, il sera certainement indiqué le CES (Coefficient d’Emprise au Sol) autorisé. Le C.E.S. est une manière de restreindre le bétonnage totale d’une parcelle, ce C.E.S. ou Coefficient d’Emprise au Sol est établi pour conserver des espaces verts. Le Coefficient d’Emprise au Sol est très souvent couplé à la définition d’une surface minimale d’espaces verts de pleine terre (1m de hauteur au minimum) à conserver sur la parcelle.

 

Qu’est-ce que le PADD ?

Le PADD,Projet d’Aménagement et de Développement Durable, est un des documents constitutifs du dossier du Plan local d’Urbanisme (PLU) et du dossier du Schéma de Cohérence Territoriale (ScoT). Il définit les grandes orientations d’urbanisme et d’aménagement retenues par la commune, notamment en vue de favoriser le renouvellement urbain et de préserver l’environnement et de favoriser la qualité urbaine et architecturale.

Ce document comprend deux parties :

  1. Une partie obligatoire qui exprime les orientations générales d’urbanisme et d’aménagement du territoire communal ou de l’ensemble de communes concernées si le PLU porte sur plusieurs communes. Cette partie peut être relativement courte et synthétique.
  2. Une partie facultative qui peut définir d’une manière plus précise les orientations et prescriptions particulières concernant des espaces ou des quartiers ou des actions publiques soit thématiques soit sectorisées (par quartier, ilôts, immeubles…). Cette partie est plus technique mais souvent plus détaillée.Son objectif est d’introduire dans les documents locaux d’urbanisme une plus grande réflexion sur l’avenir de la commune à moyen et long terme. Les grandes orientations qu’il définit peuvent concerner différents domaines : le développement ou la préservation des centres-villes,la restructuration ou la réhabilitation d’îlots, de quartier ou de secteurs, le traitement des rues et des espaces publics, la sauvegarde de la diversité commerciale des quartiers, l’aménagement des entrées de ville et la préservation des paysages.

 

2010 promet d’être coton

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La période des voeux a débuté .. Tradition républicaine s’il en est, mais également moment privilégié pour faire le point, esquisser la feuille de route de l’année à venir pour une collectivité, remercier et célébrer toutes les énergies qui permettent le « mieux vivre ensemble ».

Force est de constater, que plus que la crise cette année c’est le contexte national qui pèse, comme rarement … L’hallali des collectivités territoriales a t’il commencé ? Nul ne le sait encore … Mais le climat est quelque peu délétère, dans l’attente d’une  décision, venant d’ailleurs, tout en haut …

2009 laisse cependant comme un goût amer dans la bouche, la crise économique bouleverse nos repères. Entre les milliards d’euros des déficits présents ou à venir, les aides financières accordés aux banques et nos budgets, il y a pire qu’un décalage, un abîme …
Car pour la majorité d’entre nous, un euro reste un euro, toujours aussi difficile à gagner.

Si personne ne remet en cause l’action en faveur du système financier, il fallait intervenir, on ne peut que s’étonner de l’absence absolue de garanties exigées  : aucune … Il y a les mots et les actes …  La crise n’est pas encore terminée (cf l’excellent article de Michel Rocard) car aucune remise à plat réelle n’a été encore engagée, les mêmes causes produiront les mêmes effets, nous sommes toujours dans la nasse.

Aujourd’hui, citoyens et collectivités sont soumis à une triple peine : payer pour le sauvetage des banques, considérablement, subir de plein fouet la baisse des dépenses publiques et sociales, voir leurs dépenses d’investissement même essentielles remises en cause. Car la tentation sera grande pour certains politiques de faire régler aux seuls ménages et collectivités l’addition !

Trois enseignements sont à mes yeux, à retenir de cette séquence :

  • La nécessité absolue de réguler le système financier. Il a plus que besoin de gouvernance publique et de régulation vu les risques inconsidérées et irresponsables pris par une minorité avec l’argent des autres … Force est de constater qu’aujourd’hui,  rien n’a changé !
  • Souligner le rôle joué par notre système de protection sociale qui a permis à la France de mieux amortir la crise. Certes il est à ajuster, à améliorer, mais ses fondements sont à préserver, à des années lumière du bouclier fiscal. Il en va de notre cohésion sociale, élément indissociable de notre patrimoine national, je n’ai surtout pas parlé d’identité laissant cette notion aux démiurges ou aux spécialistes,
  • Constater la fragilité du monde réel et la nécessité de privilégier un des axes fondateurs du Développement Durable, le principe de responsabilité. Une notion globale qui dépasse le simple cadre économique, intégrant le moyen et le long terme, et ce jusqu’à la survie de notre planète …

Il est savoureux de constater sur ces différents points la conversion de certains de nos politiques qui revêtent aujourd’hui devant les sunlights des médias planétaires, la tunique de l’évangélisateur lavant plus blanc que blanc … de quoi les rendre en théorie un peu plus humbles, quoique …

Force est de constater pourtant que malheureusement, cette conversion n’est qu’apparente. …

 

 

 

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Rappelons en ces périodes de crise que les collectivités locales ont assuré prés de 80% de l’investissement public. Si je prends l’exemple de ma commune, outre les dépenses habituelles, avec les travaux du gymnase (2 millions d’euros HT) elle  a participé  à cet effort, capital pour le maintien de l’économie et la sauvegarde de l’emploi, en faisant travailler sur ce chantier durant de long mois plus de treize entreprises. Chantier que nous n’aurions d’ailleurs pu lancé sans l’aide de la Région et du Département (prés de 60% de subventions au total).

Hormis ces dépenses d’investissement, les collectivités au quotidien sont en première ligne pour limiter la casse et aider nos concitoyens. C’est véritablement d’un  bouclier social dont ils ont besoin !

Autant dire que, je réfute ce mauvais procès fait aux élus locaux … A en croire Nicolas Sarkozy, ils seraient  trop nombreux, peu efficaces et onéreux pour l’économie nationale … Bonjour la démagogie !
Je conçois que certains soient nostalgiques d’une France médiévale ou napoléonienne (cf la création du Conseiller Territorial), moi pas. Des pistes d’économies à réaliser existent pourtant, au delà des niches fiscales et du bouclier fiscal réservées aux « happy few », notamment au sommet de l’exécutif, beaucoup plus critique sur les dépenses des autres que sur les siennes; notamment sur les dépenses de communication de l’Elysée (7,5 millions € à en croire le Parisien).

Mon propos n’est surtout pas de dire que rien n’est à changer ou que la Taxe Professionnelle est couverte de vertus. Il est au contraire urgent de clarifier les compétences entre structures, d’améliorer l’articulation territoriale et surtout de remettre à plat une fiscalité locale qui n’est plus adapté et inéquitable encore faut il privilégier méthode, sérénité et concertation.
L’obsession de l’effet d’annonce et de la prise de décision sans débat, au forceps, en cherchant des boucs émissaires, véritable  marque de fabrique de ce gouvernement laisse peu à peu des traces durables et a montré ses limites.

Il en va désormais de notre modèle social, partie intégrante de notre identité nationale (juste histoire de dire), autant dire que dans les semaines à venir, nous serons vigilant, car je crains fort qu’après les régionales, le couperet ne tombe : déficit à combler, retraites, santé publique, les mois qui vont suivre risquent de devenir difficiles …

2010 sera une année déterminante pour les collectivités et pour le maintien de notre modèle social … J’espère que le dialogue, la sérénité et le bon sens prévaudront, c’est l’heure des voeux, non ?

Après également, ce qu’il faut bien appeler l’échec de Copenhague, nous ne sommes pas encore « Dans le Monde d’après », plus que jamais, notre responsabilité sera grande. Du coup, la citation extraite du discours d’Albert Camus, en 1957,  lors de la remise de son Nobel, prend un aspect  prémonitoire …

 

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde … La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas.

Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. « 

 

 

Sisyphe

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Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde.

La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas.

Mais sa tâche est peut-être plus grande.

Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. « 

 

Albert Camus
Discours de Suede
10 décembre 1957


 

Discours intégral et fragment de l’épitaphe de Sartre à la mort de Camus

 

Discours prononcé devant l’Académie Royale de Suède,

le 10 décembre 1957

dédié à son instituteur, Louis Germain

 

 

 

giacometti.jpgEn recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m’honorer, ma gratitude était d’autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels.

Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m’a pas été possible d’apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d’une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l’amitié, n’aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d’un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d’une lumière crue ?
De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l’heure où, en Europe, d’autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ?

J’ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m’a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m’égaler à lui en m’appuyant sur mes seuls mérites, je n’ai rien trouvé d’autre pour m’aider que ce qui m’a soutenu, dans les circonstances les plus contraires, tout au long de ma vie : l’idée que je me fais de mon art et du rôle de l’écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d’amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous.
L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes.
Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent, apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous.

L’artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel.

 

Le rôle de l’écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou, sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d’hommes ne l’enlèveront pas à la solitude, même et surtout s’il consent à prendre leur pas. Mais le silence d’un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l’autre bout du monde, suffit à retirer l’écrivain de l’exil, chaque fois, du moins, qu’il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence et à le faire retentir par les moyens de l’art.

Aucun de nous n’est assez grand pour une pareille vocation. Mais, dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s’exprimer, l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d’hommes possible, elle ne peut s’accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir — le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression.

Pendant plus de vingt ans d’une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j’ai été soutenu ainsi par le sentiment obscur qu’écrire était aujourd’hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m’obligeait particulièrement à porter, tel que j’étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l’espérance que nous partagions.

Ces hommes, nés au début de la première guerre rnondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s’installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires ont été confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d’Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l’univers concentrationnaire, à l’Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd’hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d’être optimistes. Et je suis même d’avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l’erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l’époque. Mais il reste que la plupart d’entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d’une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l’instinct de mort à l’œuvre dans notre histoire.

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse.
Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que, partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui. C’est elle qui mérite d’être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C’est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l’honneur que vous venez de me faire.

Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d’écrire, j’aurais remis l’écrivain à sa vraie place, n’ayant d’autres titres que ceux qu’il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, toujours partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu’il essaie obstinément d’édifier dans le mouvement destructeur de l’histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d’avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n’ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d’être, à la vie libre où j’ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m’a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m’aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent dans le monde la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

Ramené ainsi a ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer, pour finir, l’étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m’accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n’en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution.

Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.

 

 

 

La réaction de Sartre après la mort de Camus


[…] Nous étions brouillés lui et moiune brouille, ce n’est rien – dût-on ne jamais se revoir – tout juste une autre manière de vivre ensemble et sans se perdre de vue dans le petit monde étroit qui nous est donnéCela ne m’empêchait pas de penser à lui, de sentir son regard sur la page du livre, sur le journal qu’il lisait et de me dire : “Qu’en dit-ilQu’en dit-il EN CE MOMENT?”

(…) Il représentait en ce siècle, et contre l’Histoire, l’héritier actuel de cette longue lignée de moralistes dont les œuvres constituent peut-être ce qu’il y a de plus original dans les lettres françaisesSon humanisme têtu, étroit et pur, austère et sensuel, livrait un combat douteux contre les événements massifs et difformes de ce tempsMais inversement, par l’opiniâtreté de ses refus, il réaffirmait, au cœur de notre époque, contre les machiavélismes, contre le veau d’or du réalisme, l’existence du fait moral.

Il était pour ainsi dire cette inébranlable affirmationPour peu qu’on lût ou qu’on réfléchît, on se heurtait aux valeurs humaines qu’il gardait dans son poing serréil mettait l’acte politique en question.

(…) cet homme en marche, nous mettait en question, il était lui même une question qui cherchait sa réponse; il vivait au milieu d’une longue vie, pour nous, pour nous, pour les hommes qui font régner l’ordre et pour ceux qui le refusent, il était important qu’il sortit du silence, qu’il décidat, qu’il conclut

Prix National Art Urbain 2009

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La ville de Trilport était une des six villes sélectionnées pour la finale  du Prix National de l’Association pour l’art urbain, qui se déroulait à la Maison de la RATP, avec pour thème 2009 « le Centre urbain et son environnement accessible à tous ».

Précision utile, c’est le jury de cette association qui nous avait contacté, conséquence directe je pense du buzz émanant de la commune, suite aux réalisations et à la démarche environnementale initiée sur le terrain malgré les nombreuses contraintes rencontrées. Ce même jury, après une visite sur site d’une journée nous incitant à participer à leur édition 2009.

Cette soirée a permis au nombreux public présent d’accomplir un véritable tour de France en moins d’une heure, vu le mode opératoire imposé par les organisateurs. Le concours tenant plutôt du speed dating, chaque candidature disposant de « 8 minutes pour convaincre » sur la base d’un diaporama (deux minutes de présentation de la commune, par le Maire, six minutes pour décrire l’opération présentée, par un technicien). Avant de revenir plus en profondeur sur notre candidature, soulignons la diversité des situations présentées : tant au niveau de la localisation, que de la taille des communes ou de leur nature, touristiques ou pas (je pense notamment à Pèzenas et Plan d’Aups).

Soutenu par le CAUE 77 pour ce prix national, nous avions placé notre candidature sous le signe du « Petit Prince ». Ayant finalement opté pour la démarche globale initiée, y compris avec ses imperfections, plutôt que pour la description d’une réalisation aboutie « exemplaire », comme celle du gymnase HQE de la Noyerie, modèle du genre au niveau accessibilité.

Pour être très rapide indiquons que le Grand Prix 2009 a été remporté par la commune de  La Rivière (38), Trilport remportant lui  la catégorie « respect de l’environnement », le jury ayant du être sensible à la démarche globale inititiée .

 

Revenons un peu sur la « ballade du Petit Prince » qui nous a valut cette distinction …

 

 

 

 

Rapide rappel des épisodes précédents :

Dans le cadre d’un projet de territoire mené en partenariat avec le Conseil Général, la municipalité avait engagé dés 2002, une grande concertation destinée à déterminer un mode de développement à privilégier et les besoins prioritaires à satisfaire en tenant compte des moyens financiers de la commune.
Première pierre, la construction du centre de loisirs H.Q.E  » Le Petit Prince », premier du genre dans la région qui a provoqué une véritable révolution culturelle qui s’est propagée non seulement dans la ville, mais bien au-delà (c’est suite à cette réalisation que depuis la CAF majore ses aides aux projets H.Q.E), au regard de l’intérêt suscité par cette réalisation novatrice.
Une des particularités de cet équipement n’avait été pas perçu à l’époque: sa polyvalence. Qualité qui lui a permis rapidement de devenir un élément important de cohésion sociale dans la ville, accueillant (outre le Centre de Loisirs) nombre de réunions, expositions ou concerts.

 

Trois axes  illustrent la démarche globale privilégiée par la municipalité, ce qui vu les contraintes financières n’était pas aussi aisée à mener que certains veulent le faire croire aujourd’hui :
– Développement de la Haute Qualité Environnementale (Centre de loisirs, bâtiment scolaire, gymnase) et de l’Eco habitat afin de lutter contre le réchauffement climatique et d’améliorer l’accessibilité en ville,
– Approche environnementale de l’Urbanisme initiée à partir des travaux du PLU (très novateur au niveau environnemental) et de l’Agenda 21 afin de limiter l’étalement urbain et de protéger la bio diversité,
– Choix d’une mixité sociale et multi générationnelle,épanouie basée sur une ambition qualitative.

 

Je ne reviendrais pas sur le réalisé, notamment le programme d’équipements mené depuis 2004, dont ce blog s’est souvent fait l’écho,mais rappeler que les objectifs poursuivis se propagent depuis et essaiment au delà des autres équipements construits par la municipalité (école de la Charmoye, Gymnase de la Noyerie), jusqu’à l’espace public, avec la création d’une Commission Extra Municipale « Accessibilité », le lancement d’un FISAC permettant de moderniser les commerces de proximité, la désignation d’un référent accessibilité, le PACT ARIM, et élaboration d’un parcours test « accessibilité maximale ».
Depuis la réalisation du «Petit Prince », c’est une véritable relecture de la ville qui est entreprise : mise en accessibilité de la Mairie et des espaces culturels, de la Place de l’église et de l’ensemble des  arrêts bus, aménagement prochain d’un itinéraire piétonnier « référence », emprunté par nombre d’usagers dont les écoliers fréquentant le « Petit Prince » et se rendant au restaurant scolaire de l’école Prévert et réalisé avec la collaboration du Pact Arim, référent accessibilité de la commune.

 

Quelques invariants se dégagent, tenant compte de la contrainte financière, ce qui dans le contexte actuel n’est pas si anodin, ils peuvent être utiles à un essaimage de certaines des pratiques environnementales initiées sur la commune et citées par Dominique Bonini, du CAUE77 lors de sa présentation :

« 1>La force de la concertation menée en amont, elle permet d’obtenir un équipement coproduit,plus fonctionnel, évolutif et mieux utilisé.
2>L’intégration au site, première des 14 cibles de la démarche HQE, elle est essentielle dans la relation entre le bâtiment et son environnement extérieur. Elle reste la source d’une réelle harmonie architecturale et contextuelle.
3>L’efficacité énergétique, très dépendante de l’intégration au site, elle reposera avant tout sur une isolation optimum et des choix judicieux de matériaux pérennes. Les considérants techniques n’intervenant qu’en second lieu !
4>La gestion de l’eau, répondra aux deux approches complémentaires : l’infiltration naturelle et la récupération pour réemploi de l’eau pluviale, notamment pour les chasses d’eau de sanitaires,
5>La polyvalence et la mutualisation des espaces chercheront à répondre aux besoins d’aujourd’hui tout en intégrant les conditions de réponses aux besoins futurs, le principe de mutualisation venant réduire les m2 produits, il est utile de réfléchir également en amont sur la reversibilité des usages
6>Enfin l’accessibilité pour tous : relevant certes d’une obligation légale il importe de la placer au coeur même du programme de l’équipement en sa capacité de catalyseur de la qualité d’ensemble.

Pour ce qui est de la qualité d’ensemble, se souvenir que l’équipement public ne peut trouver sa justification que dans le service rendu et que la plus grande preuve de réussite c’est le lien social intergénérationnel qu’il est capable de faire naître.

Des perspectives enfin ! car on l’a compris, la ballade du petit prince ne s’arrête pas aujourd’hui. La ballade accompagnera le projet d’un éco-quartier de 300 logements ouverts à la mixité fonctionnelle et sociale. Situé à 300 mètres du centre ville, le projet est soutenu par la région Ile de France et l’Etat. Le futur quartier durable profitera de la proximité de la gare SNCF, celle-ci fait l’objet d’une réflexion pôle gare issue du plan de déplacement urbain régional et vise à une desserte bus améliorée, à une diminution de l’utilisation de la voiture et à un renforcement des circulations douces sécurisées en direction de la gare prolongeant le chemin des écoliers.

Ainsi la démarche de qualité conduite par la ville de Trilport, partie d’un équipement pour être généralisé à l’ensemble urbain, saura à n’en pas douter, répondre à la sollicitation revisitée du Petit Prince

« S’il te plait dessine-moi une ville durable agréable à vivre et accessible à tous ». »

 

 

Palmares 2009

 

 

« Centre-village, porte du Parc »
La Rivière (38)
PRIX arturbain.fr
2009
« Molière en sa ville accessible à tous»
Pézenas (34)
Mention Qualité Architecturale
« Coeur de village pour tous»,
Plan d’Aups Sainte Baume (83)
Mention Qualité de la Vie Sociale

et

Meilleure Communication

« La ballade du Petit Prince»,
Trilport (77)
Mention Respect de l’Environnement
« Boulevard en circulations douces»
Parthenay (79)

 

Mention

et

Prix Internet du Public

« Gare RER accessible »
RATP, Lognes (77)
 

Mention

 

 

 

Qui était Robert Auzelle ?

– sur le site arturbain

– sur le site de la cité de l’architecture

SNCF, le 13 il y a du neuf …

Sncf.jpgJ’ai eu beaucoup de plaisir à participer il ya quelques jours à une réunion débat organisée avec la SNCF présentant le cadencement 2010. Vu le climat apaisé de la salle, chacun a mesuré le chemin parcouru depuis 2005 !
Les lecteurs habituels de ce blog (pour les autres, il est possible d’explorer les notes de la catégorie transport et mobilité) connaissent l’importance que j’accorde à ce sujet et les différentes initiatives prises afin de contribuer à améliorer une donne, qui il y a peu était encore inadmissible.

Lors du débat, quelques souvenirs ont refait surface … Notamment une réunion organisée en catastrophe par le Sous Préfet de Meaux, à laquelle il m’avait convié par téléphone dans l’urgence, pour remplir le rôle de médiateur auprés d’usagers mécontents qui aprés avoir occupé les voies avaient fait appel à mes services, m’ayant rencontré lors d’une de mes permanences.
J’avais par la suite rapporté cet incident à Jean Paul Huchon, Président de la région mais à l’époque simple membre du STIF qui m’avait écouté d’une oreille attentive, promettant d’intervenir concrètement dés qu’il serait en responsabilité sur ces dossiers.

Aujourd’hui la cause semble entendue (qui s’en plaindrait ?), cependant il est toujours utile de rappeler la situation d’il y a seulement 5 ans !
Lorsqu’en 2004 on abordait la thématique « transport », c’était pour l’annonce de mesures de fermeture de gare, de dégradation continue des conditions d’accueil, d’abandon de ligne projeté (La Ferté Milon notamment), le climat ne permettait pas aux usagers d’avoir le moindre optimisme sur une amélioration quelconque de la situation alors que dans le même temps la SNCF communiquait surr les performances du TGV battant des records du monde de vitesse !

Chacun peut constater le changement d’atmosphère sur ces questions et  l’amélioration concrète et progressive des conditions de transport initié depuis 2006, surtout en grande couronne. Elle est à mettre incontestablement au crédit de l’action de certains responsables, dont en premier lieu le Président de Région ! Effort qu’il est vital de poursuivre, tant cette question est essentielle pour nos concitoyens et influe sur le renforcement du lien social et la cohésion territoriale, car la mobilité c’est le droit au travail,  à l’éducation, au loisir et à l’épanouissement personnel.

L’autre personne, que je tiens à saluer est Maurice Testu, Directeur Transilien de Paris Est. Je me souviens de notre première rencontre un soir de décembre à la Mairie, je me battais alors  pour que la gare reste ouverte le week end, qu’un nombre suffisant de personnel y soit affecté afin de garantir la sécurité et la qualité d’accueil et qu’un automate puisse délivrer des billets aux détenteurs de cartes bancaires …
Aprés les lettres, motions, pétition, excédé par l’absence de réponse, j’avais interpellé en plein salon des Maires Mme Idrac, Présidente alors de la SNCF, qui m’avait écouté (pas le choix), avant d’entendre parler de nouveau de Trilport deux jours aprés, en plein Conseil du STIF par les représentants des élus, région et département  !
Maurice Testu avait été alors détaché pour me rencontrer. Entrevue cordiale mais franche, nous avons tout mis sur la table. Aprés des excuses, il s’ést expliqué sans langue de bois, évoquant ses marges de manoeuvre, et m’assurant qu’il allait tout mettre en oeuvre pour changer la situation. Force est de constater aujourd’hui que les résultats sont là et je mesure ce que les usagers doivent à son action efficace.

Il est important, dans une époque où tout se brouille, de remettre les pendules à l’heure et de saluer l’action concrète des uns et des autres, de ceux qui ont permis que les choses changent réellement  … Entre le dire et le faire, il y a surtout le faire …

Car ce 13 décembre beaucoup de choses vont changer dans les transports en Ile de France …

 

Dés ce lundi, la SNCF ajoutera 349 trains sur la ligne P (Paris / La ferté Milon / Chateau Thierry) pour le plus grand intérêt des 60 000 voyageurs qui utilisent quotidiennement cette ligne P. Une augmentation sensible qui permettra une meilleure desserte tant en fréquence qu’en amplitude.

La loi du 13 août 2004, relative aux libertés et responsabilités locales, a eu plusieurs conséquences sur les transports collectifs en Ile de France : retrait de l’État du Conseil d’administration du STIF (Syndicat des Transports d’Ile de France), participation majoritaire de la Région, extension des compétences du STIF, modalités simplifiées et élargies de délégation par le STIF de certaines de ses compétences à des collectivités locales ou des groupements de collectivités locales.

Il est d’ailleurs fort de café que l’Etat, qui sur ces questions lorsqu’il en avait la charge a délaissé le réseau banlieu au profit du développement du TGV, s’érige aujourd’hui en donneur de leçons auprés de la collectivité territoriale en responsabilité depuis simplement trois ans !
Si la donne change aujourd’hui, ce que tout le monde reconnait, c’est tout simplement parce que depuis mars 2006, le STIF est désormais dirigé par les élus, sous leur impulsion il a engagé un programme de renouvellement et de rénovation du matériel roulant ferré (RER et Trains) sans précédent,un objectif : obtenir dés 2016 un parc entièrement neuf ou rénové.

L’illustration de cette démarche, est bien évidemment le nouveau Transilien mis en service ce lundi 13 décembre, si beaucoup de médias relaieront cette première apparition, le nouveau train desservira notre gare dés 2012, le même jour, un évènement moins spectaculaire mais tout aussi important pour notre quotidien se déroulera : la mise en place du nouveau cadencement de la ligne P (Paris / La Ferté Milon et Château Thierry).

Cette mesure, sur laquelle travaille depuis deux ans les services du STIF, de la SNCF et de RFF renforcera considérablement l’offre en nombre de trains, tant en amplitude qu’en fréquence, elle fait partie du plan de renforcement des fréquences des transports en commun d’Île-de-France  voulu, décidé et financé par le seul STIF, dont l’objectif est de faciliter l’usage des transports en commun et de proposer une véritable alternative à la voiture avec un service adapté aux nouveaux rythmes de vie des Franciliens.

Comment y arriver ?

  • Avec des trains plus fréquents, une offre homogène tout au long de la journée (fini les heures creuses !), permettant au voyageur d’avoir une vraie souplesse dans l’utilisation du train. Les horaires seront inchangés toute l’année, les trains vers Paris partant désormais au 28 et au 37 de chaque heure.
  • Grâce également à une amplitude élargie avec des trains plus tôt et plus tard en soirée : de 5h28 à 23h37 désormais à Trilport et une amélioration sensible durant le week end.

 

Ce qui au final, fait sens, jugeons en plutôt :

  • Axe Paris Est  / La Ferté Milon : 160 trains de plus du lundi au dimanche, en semaine et le WE, cadencement à l’heure, amplitude horaire de 5h à 22h30,
  • Axe Paris Est / château Thierry : 66 trains de plus du lundi au dimanche, aux heures de pointe de la semaine, un cadencement à la demi heure, en semaine en heure creuse et le WE un cadencement à l’heure et une amplitude horaire étendue de 5h à 23h50,

soit pour Trilport 226 trains en plus, autre bonne nouvelle, les nouvelles rames de l’autororail AGC desserviront la ligne de La Ferté Milon dés juillet 2010.

 

Une réunion qui a permis de faire le point mais également de se projeter sur les prochaines étapes, l’intermodalité et l’accessibilité …

 

 

 

cadencement.jpg

Parlons un peu chiffres …

Depuis 2006, le STIF a engagé un programme ambitieux de renouvellement et de rénovation du matériel roulant ferré (RER et Trains), il s’est engagé pour ce faire dans les contrats d’exploitation conclus (période 2008-2011) avec la SNCF et la RATP à investir 2,5 milliards d’euros d’investissements  sur ces 4 années, financés par :
Sa contribution annuelle aux transporteurs, pour la période 2008-2011 : versement à la RATP et à la SNCF de plus de 1.2 milliards d’Euros.
Des subventions d’investissements.

Les besoins de financements en matériel roulant pour assurer la remise à flots du parc, sont estimés à 9.4 milliards d’Euros d’ici 2025 (plan de mobilisation des transports en Ile-de-France et commission Carrez), ce qui nécessite une montée en puissance ne pouvant être financée que par un recours à l’emprunt, et ce dès 2010.

 

 

Quelques notes précédentes sur cette thématique :

Gare SNCF … Ce sera bientôt moins pire !

Attention ! un train peut en cacher beaucoup…

En attendant le train du futur ...

Gare de Trilport : aprés les reponses de la SNCF

SNCF, ou le train à 2 vitesses …

Gare SNCF de Trilport : trop, c’est trop !

SNCF : la mise en danger d’autrui peut elle…

A quand une gare humanisée à Trilport ?

Le Transilien n’est toujours pas arrivé à Trilport

STIF : Tel est pris qui croyait prendre ...

STIF : bras de fer gagnant pour Huchon …

 

Vous avez dit 7,7 ?

SeineEtMarneProjets.jpeg

Depuis quelques mois, les réflexions sur l’avenir de l’Ile-de-France se multiplient : adoption par la Région de son schéma directeur (toujours bloqué par le gouvernement), propositions autour du Grand Paris (votées sans enthousiasme par les députés de la majorité peu emballés par le grand 8 de Christian Blanc) …
Notre région traverse incontestablement une période de « multitudes » amplifiée par  la « contre réforme » des collectivités territoriales engagée par ce gouvernement qui impactera inévitablement le devenir de ces espaces de solidarités et de dynamiques locales.

Autant de débats auxquels la Seine et Marne a décidé de s’inviter, tant elle est concernée par la réflexion autour de la région capitale, dont elle représente plus de la moitié de la superficie ! Il n’est que justice qu’elle est son mot à dire, tant elle est une chance de développement de ce territoire, ce que les travaux autour du Grand Paris a totalement ignoré, le soleil se lève pourtant à l’Est !

Cette note aborde le devenir de notre territoire, un sujet transcendant tous clivages idéologiques, mais elle rend compte également d’une réelle « quête identitaire » destinée à transformer les représentations désuettes et dépassés que trop de personnes ont toujours de ce département. Aujourd’hui, la Seine et Marne n’est plus celle qu’a croisé sur sa route Christian Blanc, il y a plus de 20 ans lorsqu’il en a été le Préfet, ceci explique peut être cela !

Afin que notre département en tant que tel, fasse valoir ses arguments et potentialités, Vincent Eblé, président du Conseil général, a lancé une réflexion collective sur son devenir.
Au regard des particularités d’un territoire trop souvent considéré comme l’éxécutoire ou les terres de chasse de la capitale (au propre comme au figuré), il est essentiel que ce projet de développement soit partagé et fédère l’ensemble des acteurs, dont les élus toutes tendances politiques confondues, afin de déterminer des axes d’action forts, consensuels et factuels.

Ce débat public et citoyen s’est organisé autour de multiples supports de concertation : rencontres publiques, plateforme participative,  instances de concertation spécifique (nosu y reviendrons) et le site internet : « seine et marne en projets » ! Trois temps forts le rythmeront :

  • Jusqu’à décembre, « le temps du dialogue et des propositions », avec 8 rencontres publiques organisées sur l’ensemble du Département, et un site Internet collaboratif sur lequel la concertation se poursuit ,
  • De janvier à  mars, « le temps de la synthèse », où les débats de l’automne seront analysés et serviront de base à une synthèse des projets porteurs établie et présentée aux habitants.
  • Ensuite viendra le « temps des décisions », dans lequel sera présenté les grandes orientations du projet.

Débat alimenté également par des instances de concertation, dont la commission consultative des territoires composée de représentants des intercommunalités et de maires, qui se réunit à chaque étape du projet, instance à laquelle je participe. Lors de notre première réunion, nous avons pris connaissance des éléments de diagnostic réunis par Daniel Behar du Cabinet de consultants ACADIE, dont la mission est d’accompagner cette démarche.

Quels sont ils ?

 

La Seine et Marne est avant tout une terre de contrastes (est / ouest, nord / sud), situation logique vu sa situation pivot entre Paris, la Champagne, la Picardie et la Bourgogne.
Pour Daniel Behar, un peu provocateur sur le coup, l’image véhiculé par notre département est d’être « l’arrière cour » de l’agglomération francilienne, espace rural situé pourtant dans une métropole mondiale.

Trois idées forces se dégagent de cette représentation  :
Ce territoire semble à la marge …. La locomotive est à l’Ouest (pôles de compétitivité, sièges sociaux, réseau de transports publics performant …), les wagons à l’Est …
C’est un territoire servant : logistique, ressources (eau, matériaux, déchets …), mais également en foncier et espaces verts (espace de respiration pour parisiens et banlieusards )
Enfin ce territoire est dépendant. Si nous sommes à l’Est, beaucoup nous considèrent pourtant comme le Far West de l’Ile de France : les terres de l’expansion démographique, un «territoire dortoir » qui vie au rythme des mouvements pendulaires de ces habitants (domicile / travail / domicile …), d’où l’importance cruciale que revêt la problématique des transports, surtout pour la grande couronne …

ll semble indispensable de mettre à jour le référentiel des « représentations » liées au 77, afin de les replacer face aux dynamiques métropolitaines régionales. Ce territoire est incontestablement en tension et dispose de réelles opportunités pour en faire un nouveau moteur pour l’Ile de France. Certaines tendances sont déjà enclenchées : il connait la plus forte progression des effectifs de l’emploi francilien et la plus forte augmentation du revenu par habitant. S’il faut le reconnaitre, le point de départ est le plus bas, la tendance est avérée et ne devrait pas s’arrêter de si tôt, la Seine et Marne trouve une nouvelle place dans une région en mouvement. La tentation recentralisatrice élyséenne ne résistera pas au vent de l’histoire, l’ile de France migre d’un système centré sur Paris à un système multipolaire ou polycentrique …

Une dynamique territoriale que l’on peut résumer dans trois objectifs d’actions. La Seine et Marne doit passer :
d’un territoire à la marge à un archipel de compétitivité
de la dépendance au développement de l’économie « locale » : 68% des constructions neuves sont issues de la demande locale, le taux d’emploi s’il est toujours insuffisant (0,68) est de plus en plus « local », ce qui démontre paradoxalement une bonne capacité à fixer l’emploi, contrairement à ce qui se passe dans la petite couronne (si 52 à 53% des emplois sont occupés par des Seine et Marnais,ce taux est inférieur à 40% en Seine St Denis, par exemple)
du territoire servant au territoire contributif : afin d’être la terre d’accueil des fonction support au développement francilien

En filigramme des propistions du cabinet ACADIE, un constat brutal bouscule tous les argumentaires développés jusque là par les politiques locaux : la tentative de rééquilibrage à l’Est a échoué  …
Cette exigence a pourtant été une constante dans tous les objectifs des politiques d’aménagement menées depuis le SDR de 1965 (Paul Delouvrier), elle est toujours présente dans le projet de SDRIF de 2008 …  Rien pourtant n’a changé, et la tendance ne s’est pas inversée. Il n’échappera à personne qu’au plus haut niveau de l’Etat, la perception de l’Ile de France s’arrête au 92, à certains quartiers de la capitale et paradoxalement, à quelques quartiers chauds, histoire de communication …

Ce paramètre pour Daniel Behar, doit être pris comme une véritable opportunité afin d’élaborer un projet de territoire dynamique, dans le droit fil du précepte biblique : « Aide toi, le ciel d’aidera ! ».
Si chercher aujourd’hui une duplication Est / Ouest mene à l’impasse, autant alors « faire l’est à l’est » et jouer sur les spécificités d’un département à l’identité certes hybride, mais aux potentialités inégalées. Trois défis majeurs à relever peuvent constituer les fondations d’un projet de territoire basé sur le développement durable (peut il en être autrement aujourd’hui ?).

Pour ce faire, Acadie propose de répondre à trois défis :

Le défi du développement : renforcer et diversifier les moteurs seine et marnais de compétitivité francilienne, étendre ses fonctions locomotives à l’ensemble du territoire Seine et Marnais ?
Le défi de la cohésion : « servir » les populations d’aujourd’hui et de demain. Il est essentiel d’adapter l’ensemble des politiques de service à une diversification de plus en plus forte des populations, de répondre aux besoins de la diversification générationnelle et sociale, comme aux attentes en terme d’équipements et de structures …
Le défi environnemental : « inventer » un modèle d’aménagement durable spécifique. Où comment concilier l’exceptionnelle qualité du patrimoine naturel seine et marnais avec un modèle de développement non destructeur en espaces, en biodiversité et traiter la problématique « voiture particulière » … Attention cependant, la voie ferré et la ville dense ont également à la fois des contraintes de mise en place et des limites …

Pour conclure, Daniel Behar a précisé son anlyse, la diversité du 77 est structurelle, de par déjà sa géographie et son étendue. C’est cette diversité qui lui donne son coté hybride : elle est à la fois en dedans, en dehors, urbaine et rurale, sur des fonctions locomotives et sur des fonctions supports. Le challenge est comment faire de cette diversité, sens et richesse pour le terrtioire dans son unité ?

 

Suite à cette présentation, je suis intervenu lors du débat, afin de souligner que ce département est avant tout, une terre de contrastes, il existe de fait plusieurs Seine et Marne.
L’essentiel à mes yeux est de réfléchir mais surtout d’agir de manière globale, transversale à l’échelle de cet espace de solidarité qu’est pour l’instant le département (pour combien de temps au regard des projets gouvernementaux ?). Ce qui permet d’être beaucoup plus efficace (au sens financier et actif du terme). Il faut donc développer les synergies.
Je demeure réservé sur les fonctions économiques supports : accueillir les déchets des autres départemetns, y compris en les valorisant, ne peut être un but en soi, je ne suis pas non plus un inconditionnel, loin s’en faut, des gigantesques locaux dédiés à l’activité logistique, ils sont dévoreurs de foncier, de bio diversité et créateurs de peu d’emplois au mètre carré. Est ce bien la bonne direction à suivre ?

A contrario, se positionner sur les métiers liés à la croissance verte correspond à mes yeux aux potentialités particulières de ce territoire et peut permettre de créer de nouveaux équilibres et un autre modèle de développement : le secteur de l’habitat bio climatique et du bâtiment, les énergies renouvelables, la filière bois à laquelle je crois beaucou, le développement d’une agriculture biologique, la prochaine crise sera alimentaire, mais également les activités liées au tourisme qu’il soit ludique, culturel ou nature ou aux services à la personne …

A mon sens, les trois défis se rejoignent : cohésion, développement et environnement, les trois piliers du Développement Durable qui peuvent nous mener une autre voie et concrètement faire l’Est à l’est …