14 juillet 2011

affiche.jpgFêter le 14 juillet c’est poursuivre la longue chaine des commémorations de la fête nationale qui se sont succédées depuis 1790, mais aussi et surtout célébrer les trois valeurs républicaines qui ont fait de nous, ce que nous sommes et de notre pays, la France et qui au fil de l’histoire se sont diffusées comme autant de signes d’espoir en un monde meilleur.

« Liberté, égalité, fraternité », valeurs intemporelles et universelles s’il en est, complémentaires aussi, tant la fraternité fédère les deux premières. Lorsque la  société est morcelée, fragmentée, éclatée, que l’individualisme se développe, la fraternité prend alors tout son sens, sinon à quoi sert de vivre ensemble ?
La solidarité est la mission première des collectivités et notamment de nos communes, car si elle ne s’en préoccuperaient pas qui le ferait ?

En ce 14 juillet 2011, l’atmosphère est maussade, es temps paraissent difficiles et les français sont carrément pessimistes. La faute à une crise interminable dont personne ne voit la fin et la transformation de nps repère habituels, trés certainement, mais aussi sans doute à l’absence de perspectives politiques immédiates, en  attendant 2012.

Ceci étant, il faut relativiser, dans la passé de notre pays bien des 14 juillet ont été plus dramatiques, les conflits mondiaux du siècle dernier en attestent. Sous d’autres latitudes également ce 14 juillet est plus rude.
Comment ne pas penser en ce jour aux 6 soldats tombés en Afghanistan pour défendre l’idée qu’ils se faisaient de la France et de ses valeurs. J’avoue cependant avoir du mal à comprendre l’utilité d’un engagement militaire dont la justification ne semble plus qu’être la défense du régime corrompu d’Hamid Kharzaï, de plus en plus isolé et rejeté des afghans. J’ose espèrer que le sacrifice de nos 70 soldats tués ne soit pas vain, et que ce conflit ne se révèle pas constituer une impasse dramatique.

Mais cette journée était également placée à Trilport sous le signe Napoléonien, du fait de la présence des grognards qui étaient parmi nous, histoire de commémorer le 14 juillet …

 Pourquoi, pourriez vous vous demander ?

 

 

 

 

Ces grognards sont  les premiers volontaires recrutés afin de constituer un corps d’armée qui devrait en rassembler plus de 600. Une association (les Grognards de la Marne) s’est constituée afin d’organiser la reconstitution grandeur nature de la  bataille napoléonienne qui s’est déroulée en mars 1814, entre Trilport et Montceaux les Meaux, l’un des derniers combats de Napoléon. 

Les armées napoléoniennes étaient composées à l’image de la France, multiple. Une multitude, bâtie au fil des siècles par les  générations de belges, polonais, italiens, espagnols, portugais, arméniens, africains, algériens qui se sont progressivement installés puis assimilés, devenant enfin citoyens français.

Ces femmes et ces hommes ont désiré ardemment et plus que tout devenir français. Pour eux, plus qu’une reconnaissance, une nouvelle identité et une responsabilité individuelle et collective, à l’image de la France que l’on aime et qui aime : terre d’accueil, de liberté, d’égalité, de fraternité mais aussi de révolte, de courage, d’innovation, de progrès et d’espoir … 

Il nous faut aujourd’hui retrouver l’idéal qui a animé et porté les citoyens de la première république, affamés de pain mais aussi de justice et d’espoir en un monde meilleur.
C’est ensemble que nos compatriotes depuis 1789 ont surmonté toutes les épreuves, conquis bien des Bastille, c’est ensemble qu’une fois de plus, ils rebondiront.

Car la France ce n’est pas simplement du bleu, du blanc et du rouge, c’est aussi et surtout une formidable espérance collective qui s’est constituée au fil des siècles, grâce à des valeurs indémodables et incontournables qui ont forgé son identité et constitue le socle républicain : liberté, égalité, fraternité et laïcité.

 

 

 

 

« Villages nature » est il réellement nature ?

lagoon.jpgLa SNCF lors de la dernière réunion du club de partenaires avant la trêve estivale, a eu la judicieuse idée d’inviter Dominique Cocquet, Directeur général de «Villages Nature », afin qu’il présente un projet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.
Ce « routier » du « monde merveilleux de  Disney », société ou depuis 20 ans il occupe divers postes à responsabilité, venait tout juste de clore le cycle de réunions de concertation imposé par la Commission nationale du débat public (site de la CNDP, note du blog sur cette instance), c’est dire qu’il était affuté pour cette présentation.

Son discours a coulé, limpide comme de l’eau de source, le manager aguerri laissant place à un véritable évangélisateur au discours  environnemental quasi mystique soulignant l’harmonie entre l’homme et la nature et célébrant la rencontre entre génie humain et génie des lieux.

Ne nous y trompons cependant pas, derrière le « green washing » d’une présentation publique bien rodée, le model business du projet apparaît clairement. Rappel utile, Dominique Coquet dans une vie antérieure a également dirigé Forest-Hill Développement et à ce titre le projet Aquaboulevard de Paris.

Villages nature est une joint venture entre deux acteurs majeurs du tourisme et du divertissement « Pierre & Vacances Center Parcs », leader européen du tourisme de proximité (40 années d’expérience) et Euro Disney, dont le navire amiral Disneyland Paris, est la 1ere destination touristique européenne avec plus de 230 millions de visites depuis 1992. Leur collaboration est né d’un projet commun mené sur Euro Dysney en 2003 (Adagio Aparthotel).
Les deux nouveaux partenaires décident de surfer sur une tendance de fond autour de l’environnement, et l’intérêt croissant pour l’éco tourisme et le tourisme vert. Deux initiatives du Groupe Pierre & Vacances Centers Parc vont dans ce sens : le domaine de Belle Dune, en baie de Somme (label Éco-Village), et le dernier né des Centers Parcs, celui des Trois Forêts Moselle- Lorraine.

Villages Nature est le fruit de cette réflexion sur la « quête de l’harmonie entre l’homme et la nature », concept totalement adapté aux vacances familiales; mixt entre un immense Center Parc nouvelle génération et des résidences hôtelières thématiques, dans l’esprit du Davy Crockett Ranch.
Le projet initial est d’élaborer un prototype, encore faut il disposer d’un espace suffisamment étendu et d’infrastructures à proximité. En cas de succès, le nouveau produit touristique pourra s’attaquer à? d’autres marchés européens (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni …).

Un site semble particulièrement adapté; localisé au coeur de l’Europe, à 6 km de Disneyland Paris; avec une surface potentielle de 500 hectares. Il présente l’avantage déterminant d’être à proximité immédiate de Disneyland, ce qui permet non seulement à ces deux pôles d’être complémentaires, mais  de partager les infrastructures déjà existantes ou prévues sur Val d’Europe : 1er hub TGV de France à Marne-la-Vallée/Chessy, RER A, Autoroute A4, lignes de bus interurbaines, navettes aéroportuaires …

C’est ainsi que le projet « Villages nature » est né …

Mais, ce  projet qui marquera notre environnement immédiat dans les prochaines années est il respectueux de la nature ?

 

 

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Un concept bâti autour de trois idées forces

Dans sa présentation, Dominique Coquet s’est présenté comme un écologiste refusant toute option  nostalgique ou rétrograde de l’environnement, et envisageant  l’avenir de manière résolument « positive », trois idées forces résument pour lui le  concept de Villages Nature :

Devenir une destination de villégiature

La cible poursuivie est principalement la clientèle familiale européenne. Placer Développement Durable et Nature au cœur du projet paraît un excellent argument commercial. Pour ce faire, les porteurs du projet ont appliqué les principes de la méthodologie « One Planet Living », élaborée par BioRegional et WWF International pour élaborer leur Plan d’Action Durable initié vise à réduire l’empreinte écologique du projet et tendre vers le «zéro carbone».

« Célébrer » l’harmonie entre homme et la nature

Réunir « génie des lieux » et « génie humain », fil rouge du model business. Idée centrale du projet, dans le sens « extra ordinaire », pour le « génie des lieux » utiliser la nappe géothermique à 78° nichée à 1 800 mètres de profondeur (dogger) et exploiter l’eau qui s’y trouve pour couvrir les besoins en chauffage et en eau chaude de Villages Nature dont un lagon de  3 500 m² !

Concevoir une offre d’hébergement « différente » et insolite

L’autre innovation technologique est représenté par une architecture célébrant la relation privilégiée entre homme et nature.  Les sources d’inspiration sont multiples, un mixt entre Art Nouveau, jardins Zen, les travaux  de l’architecte Hundertwasserle, précurseur de l’architecture environnementale et de « l’empreinte écologique » du citoyen et du citadin moderne. Il avait créé des immeubles avec des arbres aux fenêtres (l’arbre-locataire), ce qui lui a fait dire : « Certains disent que les maisons sont faites de murs. Je dis qu’elles sont faites de fenêtres. »

Afin de définir une «charte architecturale originale d’aujourd’hui », une équipe d’architectes et de paysagistes renommés, dont Jacques Ferrier (Pavillon français de l’Exposition universelle de Shanghaï), Jean de Gastines, et le paysagiste Thierry Huau, doivent définir les ambiances naturelles, qu’elles soient lacustres ou forestières

L’objectif est de faire d’un séjour à Villages Nature une expérience inoubliable, le temps d’un voyage imaginaire et intemporel en famille, dans un des quatre villages thématiques : l’eau (parc aquatique doté d’un lagon extérieur chauffé toute l’année à 30° grâce à l’énergie géothermique), la forêt (Davy Crockett’s Adventure), la terre (ferme …), le sport et la santé (centre de remise en forme : diététique, relaxation, etc.).

Une nature avant tout artificielle

Se voulant exemplaires en développement durable, les promoteurs du projet ont mis au point un Plan d’Action Durable (PAD) en 10 cibles avec deux ONG, dont les principales sont : un Coefficient d’Occupation des Sols inférieur à 10 % avec  des espaces naturels représentant  plus de 90 % de sa surface, la recherche de « l’exemplarité » en matière d’empreinte écologique (gestion des déchets, recyclage de l’eau, environnement sans voiture, utilisation de matériaux durables… ), l’utilisation de la géothermie profonde devant couvrir 97 % des besoins en chaleur de Villages Nature grâce à deux puits forés à 1 800 mètres, l’eau à 78°C permettant d’alimenter les réseaux de chaleur en surface avant d’être réinjectée dans la nappe souterraine (dogger).

Cependant, force est de constater que Villages nature constitue en premier lieu et quoiqu’en dise ses initiateurs, un « parc de loisirs », avec tout ce que cela suppose d’artificiel, d’aseptisé. L’harmonie entre l’Homme et la nature étant pour le moins préméditée. Nous sommes en fait, beaucoup plus prés d’un Center Park géant que d’une destination de tourisme vert, telle la Forêt de Fontainebleau ou  les bords de Marne, pour garder une ambiance locale forestiére ou lacustre. Et que penser du point d’orgue du projet, le lagon artificiel ?  Villages Nature est un parc de loisirs dont la thématique est une représentation artificielle et virtuelle de la nature.

D’autre part, pour un projet qui place le Développement Durable en priorité absolue, les ambitions énergétiques font sourire, tant nous sommes éloigné de l’excellence environnementale. Se limiter au simple respect de la réglementation Thermique 2012 (environ 65kwh/m2/an) pour un projet se prévalant de fortes valeurs environnementales et qui sera inauguré en 2015 au plus tôt, cela fait désordre !

Caractéristiques du projet

La première phase de Villages Nature s’étendra sur 175 hectares aménagés, et prévoit la construction de 1 730 logements (appartements, cottages …). Elle mobilisera un investissement global de près de 700 M€. Mais à terme, c’est plus de 7000 maisons et appartements qui seront construits d’ici 20 ans, sur une surface de 520 hectares (10 % seulement de bâti) avec l’éventualité de créer un 3eme parc à thème.

Le projet devrait générer environ 7 M€ de taxes locales par an et la création de 4 500 emplois, dont 1 600 directs. Les travaux pourraient commencer au premier semestre 2013, en fonction des acquisitions foncières, pour une ouverture au public à l’horizon 2015.

Lors de sa présentation, Dominique Coquet a insisté sur la capacité de Villages nature à devenir un moteur du tourisme seine et marnais.
Beaucoup en doutent cependant, la clientèle visée, les types de séjours envisagés, l’expérience d’Euro Dysney démontrent qu’il existe un véritable effet « bulle » du parc de loisirs, plus accentué encore dans un Center Parc la bulle n’y étant même plus virtuelle, d’autant que le savoir faire des équipes de Dysney ou de Pierre et Vacances sont de rendre les  visiteurs captifs de l’offre initialeet des divers services qu’ils peuvent proposer en interne.

Mais ce qui à fait le plus réagir les élus présents lors de cette présentation, comme les responsables des infrastructures de transport, n’est pas seulement le concept « Villages Nature » mais bien le PIG ou Programme d’Intérêt général, qui fera l’objet de la prochaine note.

Grand Paris : L’intensité urbaine à l’ordre du jour

jardin-abbe-pierre_s.jpgLa 1ere soirée débat des « Conversations Métropolitaines » (cf note précédente), consacrée à l’intensité urbaine a été inaugurée par le tout nouveau Président de l’Atelier International du Grand Paris, Pierre Mansat dans un lieu totalement adapté au sujet des tables rondes, et certainement pas du au hasard,  puisqu’il s’agit de l’amphithéatre de l’Université Paris Diderot, implanté en plein cœur de la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) « Paris Rive Gauche ».

Cette  ZAC constitue l’opération urbaine la plus ambitieuse menée à Paris depuis le 19 eme siècle. Nous sommes déjà dans la ville post Kyoto : tours résidentielles, jardins durables, celui de l’abé Pierre est un modèle de gestion différenciée des espaces, passerelle pour piétons, réutilisation d’anciens bâti industriels emblématiques, telle l’ancienne halle des Grands Moulins de Paris abritant l’amphithéatre, le Paris d’Hausmann est bien loin …

Nous sommes incontestablement dans un morceau de ville qui se régénère … Manque cependant à proximité de l’amphi,  des parcs à vélo, comme quoi la durabilité est un long combat !
Aujourd’hui plus de 5.000 habitants y vivent, 15 000 salariés y travaillent, à terme ils seront prés de 20 000 habitants pour 60.000 salariés !

C’est dire l’importance de ce chantier hors norme de plus de 130 hectares, situé à un jet de pierre de la Très Grande Bibliothèque de France. 

Force est de constater que les trois tables rondes qui se sont succédées, animées par Cyrille Poy, journaliste des plus spécialisés, nous ont plongé au cœur des thématiques liées à l’intensité urbaine, et des freins entre cet objectif encore lointain est la situation actuelle ressentie par les acteurs du terrain.

Constat, l’intensité urbaine doit intégrer deux  paramètres : la multiplication des recours juridiques due à une complexité incroyable des procédures et l’échelle des temporalités …

 

 

 

De la boite à outils règlementaire appliquée à l’intensité

Christian Curé (Directeur Adjoint du Développement Durable de la Direction régionale et interdépartementale de l’équipement et de l’aménagement) a fait un point d’étape sur la relation entre les besoins urgents et croissants en matière de logements (nombre, diversité, mixité sociale et générationnelle, durabilité du développement  …) et l’évolution du contexte règlementaire. Une relation duale qui du fait d’une complexité croissante des textes et des procédures ralentit considérablement les réponses à apporter à un besoin vital de notre société, celui de se loger.

Il note l’accumulation de textes règlementaires de ces dernières années en lien avec la construction de logements. La boite à outil est désormais bien garnie, trop bien garnie au regard de la complexité juridique croissante et de la longueur des procédures. Le besoin de simplification devient urgent, notamment et surtout face à la multiplication des recours. Pour un élu, notamment de petite ville, le moindre PLU est un vrai parcours du combattant, l’intérêt général étant souvent mis à mal par certains intérêts particuliers contrariés.

Force est de constater que le temps du Plan d’Occupation des Sols de géomètre est bien révolue. Le Schéma de Cohérence Territorial (SCOT), le Plan Local d’Urbanisme sont véritablement porteurs d’une véritable stratégie territoriale à moyen et long terme permettant d’anticiper certaines tendances ou exigences, notamment environnementales.

Ils constituent des outils précieux de gestion du temps long et de la mutabilité et permettent d’avoir d’authentiques perspectives territoriales.

Dans cette gamme d’outils, soulignons :

  • la place croissante prise par les Plans locaux de l’Habitat, qui apporte une approche réellement sociale qui permet d’infléchir les politiques territoriales sur la problématique du logement, ses exigences et ses contraintes, 
  • l’utilité des Etablissements Publics Fonciers, véritables facilitateurs pour définir des stratégies urbaines territoriales adaptées à chaque localité en tenant compte de ses particularités. Un constat  que nous vérifions chaque jour à Trilport depuis la signature de notre partenariat local avec l’EPFIF.

Olivier Waintraub (Directeur du Développement île-de-France de Nexity) est revenu sur le contre point de cette complexité règlementaire, la multiplication des recours juridiques, «véritable poison » qui met en danger  trop d’opérations, le temps du recours étant toujours supérieur à celui de la promesse de vente. Il regrette également la formation quelquefois insuffisante des magistrats en urbanisme, notamment vu l’involution incessante des textes juridiques …

Problématique rappelée par beaucoup d’élus présents,  dénonçant le véritable chantage exercé par certains concitoyens confondant intérêt particulier et intérêt général, usant jusqu’à en abuser du contentieux juridique. La complexité croissante des procédures faisant du moindre document d’urbanisme un véritable parcours du combattant semé d’embuches juridiques, terrain de chasse privilégié d’avocat en mal de clientèle, faisant du contentieux une niche très rémunératrice.

Situation qui a pris une telle ampleur, qu’une panoplie de parades est en élaboration au Ministère,  afin de faire évoluer le contexte règlementaire et de passer d’un urbanisme de normes à un urbanisme de projet.
Méthode employée celle « des petits matins », aux antipodes du grand soir parait il, à voir …

  • 70 mesures retenues, la plus médiatisée consistant à doubler la surface maximum pour laquelle une simple déclaration préalable suffit (de 20 à 40m2) en lieu et place d’un permis de construire, autant dire qu’elle ne fait pas la joie des architectes.
  • Quatre groupes de travail : planification, Mise en œuvre Opérationnelle, Fiscalité et Finances, Stratégies Foncières
  • Deux leviers : agir sur la fiscalité et sur l’action juridique, afin de limiter les recours abusifs contre les permis de construire, parfois d’origine frauduleuse.

Cette nouvelle réforme, intitulée « urbanisme de projet » devrait être présentée au Conseil des ministres d’ici septembre 2011, autant dire qu’elle est attendue notamment sur l’aspect simplification des procédures par beaucoup d’acteurs du terrain.

 

« Le paradigme de l’intensité face à l’échelle de temporalité »

Après le versus juridique, la seconde table ronde, a abordé sinon le sens de la vie, du moins celui des mots dédiés à la question de l’intensité urbaine.

Sabri Bendimérad, architecte de l’équipe Winy Maas (MVRDV), a rappelé l’éthymologie de certains mots clés, permettant ainsi de dégager les différences (bien plus que les nuances) entre certains concepts employés par les uns et les autres : 

  • Densité : Emprunté du latin densus, « épais, serré, compact, condensé ».
  • Intensité : Emprunté du bas latin intensus, « fort, violent ».
  • Compacité : Dérivé de compact, sur le modèle de capacité, efficacité, opacité.

Pour faire sens, il associe le concept de densité à celui d’addition et le concept d’intensité à celui de la multiplication, tant ce dernier conjugue selon lui, programmation et temporalité, du fait de la possibilité de revenir en arrière ou d’inverser certaines utilisations ou usages … Quatre principes sont selon lui, révélateurs de l’intensité et de sa connectivité à la société :

  1. ·      L’optimisation des ressources
  2. ·      La croissance des logiques urbaines et locales
  3. ·      La conjugaison des temporalités et la standardisation des usages
  4. ·      La réversibilité

Sur l’importance prise par certains mots, Pierre Paulot (directeur de l’architecture et de l’environnement du groupe immobilier I3F) a quelque peu brocardé, la jargonite des urbanistes … Il est vrai que parler du « paradigme de l’intensité », fait classieux, muais n’interpelle pas forcemment le citoyen lambda. Il l’associe plus simplement à certaines fonctions de la ville : le logement, l’équipement et le transport, si la densité se mesure, l’intensité se ressent par la porosité des formes urbaines, l’échelle également des discontinuités …

Il faut redonner envie de ville, à partir d’un véritable projet de ville en apportant des réponses appropriées aux difficultés en financement, en matière grise ou en gouvernance.

 

Une interrogation qui n’est pas qu’hexagonale, c’est ce qu’à rappeler Vincent Fouchier, DA de l’IAU RIF, en responsabilité au niveau de l’OCDE, du groupe de travail planchant sur l’urbain, en Europe, c’est la notion de compacité, qui a été retenue, avec des formes différentes selon les latitudes.

Il est important de se livrer à un véritable benchmarking  et d’expérimenter plusieurs types d’organisation. La difficulté selon les retours d’expériences portent plus, au niveau de l’intensité sur la gestion des flux, l’animation dans la ville, les usages que dans l’organisation physique de l’espace.  Certaines expériences de forme urbaine (bimby notamment) constituent des « signaux faibles » à prendre en considération, cars pouvant enrichir la perception de notre environnement et inciter à certaines anticipations ou choix prospectifs.

Il insiste plus que jamais, devant les priorités environnementales de revenir à une forme moderne et intelligente, de planification, notamment au niveau du moyen long terme, afin d’assurer la plus grande cohérence, le phasage et le pilotage (accélérer, ralentir), de des évolutions urbaines en cours et sur l’importance de ne pas remettre en cause des espaces ouverts pouvant être déterminant pour les générations futures.

La dernière table ronde, celle des élus a rappelé certaines vérités :

La ville ne cesse de se construire, mais notre société doit fait face à certains aléas : judiciarisation croissante des relations sociales, problème de financement … Elle doit répondre à l’angoisse des habitants face à un avenir incertain, et à un  véritable problème identitaire et de valeurs avec la ville, sa culture n’étant pas urbaine, mais rurale.

Une perspectives et des valeurs qui sont toujours encouragées par des discours politiques à contre courant pourtant de l’évolution environnementale de la société et de ses priorités essentielles : réchauffement climatique que de la protection de la bio diversité.

Il faut donc changer de Graal !

Enfin, la difficulté la plus existencielle, tant elle nous rappelle notre triste condition humaine, est celle  de l’échelle des temporalités, qui décidemment n’est pas la même entre les différents acteurs : promoteurs, aménageurs, élus, habitants,

mais aussi entre la ville elle même et la planète.

 

Mais comme il est écrit,  ceci est une autre histoire

 

 

 

Petites Villes : sens de la vie ou sens de la ville ?

jean-viard-photo-2009-07-06-VIII-universite-d-ete-310.JPGLors des assises de l’APVF (cf note précédente) les Maires des Petites Villes, ont été interpellé par l’intervention de Jean Viard, chercheur (CNRS, CEVIPOF), éditorialiste (JDD, Terra Eco …)  à ses heures perdues et élu local également. Il a esquissé en quelques traits le portrait d’une société en pleine (®)évolution, dans laquelle la carte n’est plus liée à un seul territoire mais bien à plusieurs, dont certains, virtuels et globaux.

 Constat positif cependant, nous vivons de plus en plus longtemps :

« En un siècle, nous avons gagné vingt-cinq ans d’espérance de vie. Onze ans depuis 1945. Cinq ans depuis 1981. Trois heures par jour actuellement. C’est d’ailleurs pour cela que nous serons bientôt neuf milliards …

Si vous avez la chance d’avoir du travail pendant 42 ans et 35 heures par semaine, vous travaillerez en tout 63 000 heures dans votre vie, mettons 70 000, avec les heures sup et autres compléments. La vie en France dure en moyenne 700 000 heures. Le travail égale donc moins de 10% de la vie en 2010.

En 1900, on travaillait 40% de sa durée de vie. Nous avons bâti une société de vie longue et de travail court et nos enfants vivront 100 000 heures de plus que nous. »

 

Si l’espérance de vie s’allonge, paradoxalement dans le même temps la société devient de plus en plus pessimiste en l’avenir, et fait face à une crise profonde, qui n’est pas seulement financière et sociale, mais plus globale, concernant également le politique, la quête de sens et de valeurs.

Plus que jamais, nos concitoyens ont besoin d’horizon, de perspectives, car pour  Jean Viard, aujourd’hui si les français se rattachent tant au présent, c’est bien par peur du futur … Même les afghans sont plus optimistes, c’est dire  !

Que penser d’une telle analyse ?

 

 

 

La carte et les territoires

Incontestablement, les  modes de vie évoluent, « The times they are a changing » chantait prophétiquement Dylan dans les années 60, une chanson prémonitoire que l’on peut s’en peine coller  à notre époque, tant elle en est également le reflet …

Le nomadisme s’impose peu à peu, que ce soit au niveau des objets usuels de consommation (Smartphone, tablettes …), que dans  nos modes de vie quotidiens, nos représentations, nos envies ou nos imaginaires.
La mobilité caractérise nos vies, deux illustrations : 61% des citoyens ne vivent pas là ou ils travaillent, et nous effectuons en moyenne 45 km / jour, pour nous y rendre …

L’espace géographique des français se distend chaque année, notamment en Ile de France, et les temps de transport diminuent, de manière inéquitable cependant, créant de fortes disparités  territoriales : il y a les territoires « in » et les territoires « out ».

La carte de France des temps de transport en train illustre les bouleversements en cours qui bousculent nos repères et les équilibres économiques et politiques locaux. La Province, même lointaine, devient du coup, plus proche de Paris que sa propre banlieue !

 

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Autre évolution le développement des villes, une tendance planétaire et quasi universelle. Si beaucoup de nos concitoyens habitent des villages ou des petites villes (un habitant sur trois), souvent pour des raisons liées au prix du foncier, ils aspirent à y bénéficier de toutes les commodités du citadin. Leur culture est en apparence celle des espaces et des campagnes, pourtant l’urbanité est au cœur de leurs modes de vie quotidiens.

Conséquence, notre société devient selon Jean Viard une société d’infidélités : il y a le territoire où l’on vit, de moins en moins longtemps du fait des exigences liées à la  mobilité professionnelle, le territoire où l’on travaille, celui où quelquefois on va en vacances ou en week end, et tous les autres … jusqu’aux plus virtuels, notamment lorsqu’ils sont réseaux sociaux.
Dans ce maelstrom, le territoire local possède toujours des vertus identitaires auxquelles désespéremment beaucoup se raccrochent, y compris même s’il s’agit plus d’identité mémorielle, plus liées au « où es tu né ? » qu’au « où vis tu ? ».

L’organisation territoriale du pays évolue également,  rien de plus normal. La carte et le territoire nécessitent une gouvernance pour fonctionner et être en résonnance et cohérence. Rappelons que les départements sont liées à la mobilité depuis l’origine de leur création par les Révolutionnaires de 1789, étant destinés à rompre avec le centralisme territorial de la monarchie, la révolution a donc créé 83 départements organisés autour d’un chef-lieu (la « préfecture ») accessible en une seule journée de cheval. Depuis 1789, l’eau a coulé sous les ponts, la journée de cheval ne signifie plus grand chose, et l ’échelle des proximités locales a également évolué, différemment selon les lieux …

L’interrogation sur le mode de gouvernance d’un territoire donné, doit être complété par une autre question à mon sens et d’une actualité brulante :  quelle proximité pour quelles solidarités, et quelles ressources pour ces solidarités ?

 

 

La quête de sens

D’autres fondamentaux plus existentiels et plus matérialistes influent sur les envies, frustrations, imaginaires et perspectives des uns et des autres et sont à l’origine de cette angoisse en l’avenir. En France, 45 % des personnes pauvres ont moins de 25 ans soit, mais les « jeunes des quartiers » sont deux fois plus chômeurs que les autres.
Dans le même temps l’écart de revenus entre les générations ne cesse de croître, les jeunes retraités gagnent plus que les actifs de 35 ans, qui eux mêmes gagnent plus que les plus jeunes. La  précarité dans laquelle se retrouve trop de jeunes explique pourquoi ils ont manifesté pour les retraites ! Où sont les lendemains qui chantent !

Pourtant globalement l’avenir est à la jeunesse, car la planète est de plus en plus jeune, le printemps arabe est sur ce point révélateur, cependant la France et l’Europe vieillissent, la France plutôt moins d’ailleurs que le reste du continent. Une réalité et des perspectives qui inquiètent beaucoup de nos concitoyens et ferait bien d’être analysé à sa juste valeur par les politiques qui condamnent l’immigration, dans beaucoup de pays européens, notamment l’Allemagne, c’est elle qui fait de plus en plus fonctionner l’économie nationale.

Nous consommons également chaque jour de plus en plus de produits manufacturés venant de plus en plus loin et coûtant de moins en moins, tuant dans l’œuf toute velléité de production locale dans l’état actuel de l’échelle des motivations de l’acheteur, le prix. Une réalité particulièrement perceptible dans l’alimentaire et qui subsistera, tant que le prix du transport sera aussi infime … La carte et les territoires, là encore…

Autant de faits qui font que le sentiment de déclassement  et de peur du lendemain s’étend …

 

Et le politique dans tout ça ?

Un état d’esprit qui avait fait le lit du candidat Nicolas Sarkozy lors des dernières présidentielles,  Incontestablement ses slogans « travailler plus pour gagner plus », « Une France de propriétaires », « le Tout est possible » avaient fait écho aux  attentes, inquiétudes, frustrations ou interrogations de beaucoup de nos concitoyens.

Ces citoyens auxquels Alain Souchon devait penser lorsqu’il chantait « Foule Sentimentale » :

« On nous fait croire,

Que le bonheur c’est d’avoir

De l’avoir plein nos armoires

Dérisions de nous dérisoires »

Le ressenti du pays est aujourd’hui à la hauteur des espérances déçues, tant le bilan du candidat est accablant : accroissement des inégalités, développement des individualismes, atteintes à la cohésion sociale,  accroissement de la dette publique, dégradation des services auprès des habitants (santé, sécurité, éducation …), dans le même temps les contributions des plus hauts revenus à la dépense publique ont diminué  comme jamais du fait d’une politique fiscale inéquitable, dure avec les faibles et complaisante avec les puissants .

Le sentiment d’inégalité et d’impuissance s’étend, avec pour conséquence, une méfiance croissante envers le politique, dont la montée des extrêmes et de l’abstention sont deux illustrations évidentes.

Jean Viard l’a rappelé, le risque d’arriver à une démocratie « quasi familiale », celle des élus, face à celle du grand nombre qui s’abstient est bien réel, avec tous les risques que ce scénario implique : développement des populismes, désintérêt de la chose publique, démobilisation …

Il développe sur ce point une formule percutante, surtout pour un laïque comme moi : « il n’y a pas de citoyens dans nos églises, il n’y a que des prêtres ».

Exigence absolue : changer de cap, afin de redonner absolument du sens, des perspectives, de l’horizon et réinviter le plus grand nombre dans le débat public et politique.

Il faut également ne plus tricher et travailler sur les représentations et modèles dominants. La représentation du bonheur individuel jusque là mis en exergue, véritable « American way of life » était basée sur l’individualisme et l’esprit consumériste. Elle a vécu, et ne correspond plus aux défis présents et futurs auxquels nous devons répondre.
Plus grave, elle induit un modèle culturel incompatible avec les enjeux environnementaux, à l’exemple de la maison individuelle accentuant étalement urbain, atteintes à la bio diversité et émissions de gaz à effet de serre.

Si ce qui compte dans la vie de chacun est de progresser, et c’est bien le propre de l’homme, encore faut il définir un but à atteindre qui fasse sens et écho avec les besoins réels, de l’individu certes mais également de la société et de la biosphère.

Ce sont les imaginaires territoriaux qui font sens, pas leur gouvernance dit Jean Viard. Son constat n’est pas faux, les politiques doivent travailler avec humilité dans cette direction, et privilégier des logiques de projets, plutôt que des approches de frontière, de territoire ou de petit marquisat.
Il faut répondre non en surfant sur les frustrations et les égoïsmes individuels, mais bien au contraire apporter des réponses concrètes aux besoins réels d’aujourd’hui et de demain, comme à la nécessaire cohésion que la gravité de la situation que nous rencontrons impose.

Encore faut il que le passeur, le politique, soit à la hauteur et donne de la valeur à soin action et aux enjeux qu’il poursuit : humilité, proximité, écoute, efficacité …

Petites Villes : La carte et le territoire

apvf-saint-flour.jpgJ’ai participé aux Assises des Petites Villes de France, qui se sont déroulées à Saint-Flour (Cantal) fin mai. Un rendez vous annuel attendu permettant aux élus d’échanger, de confronter expériences ou points de vue, de prendre surtout quelque peu de recul et de participer à des tables rondes utiles et enrichissantes ouvrant de nouvelles perspectives. Il est toujours bon de sortir quelque peu la tête du guidon, histoire de voir un peu plus loin que son microcosme local.

La thématique 2011 avait repris, à la lettre, le titre  du dernier Goncourt : « La carte et le territoire ». Titre évocateur s’il en est … la carte est-elle plus intéressante que le territoire ou l’inverse ? Titre dans tout les cas, totalement approprié à la problématique de la cohésion territoriale et sociale au cœur des préoccupations actuelle des élus comme de leur actualité immédiate (voir plus loin). Le  titre du roman de Michel Houellebecq a servi de fil rouge évident aux ateliers et tables rondes se déroulant sur ces deux jours : conséquences de la refonte de la carte intercommunale, perspectives de la réforme de la péréquation, mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement, sécurité …

Constat clair, le ressenti des élus à l’égard de l’évolution territoriale initiée et du désengagement de l’Etat est de plus en plus perceptible. Situation qui inquiète en haut lieu (2012 n’est pas loin !), si l’on en juge par la venue à ces assises du Président de l’Association des Maires de France, de deux Ministres de l’actuel gouvernement et du Président du Sénat Gérard  Larcher, ouvertement en campagne.

Les raisons du mécontentement croissant  des élus locaux, toutes tendances confondues sont multiples : conséquences de la RGPP,  désengagement de l’Etat dans les territoires, fin annoncée des co financements (ou financements croisés), création du Conseiller Territorial, conditions de réactualisation de la carte intercommunale, et cette liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut !

Nous reviendrons forcémment et malheureusement sur les problèmes budgétaires, le désengagement de l’Etat, et ses  conséquences dramatiques pour le pays, mais il me semble plus intéressant de revenir sur le sujet central de ces deux journées, « la carte et le territoire » …

Pour échanger sur une telle  problématique, vrai sujet de grand oral, la parole n’a pas été donnée qu’aux élus, le sociologue Jean Viard, a interpellé quelque peu l’assemblée de manière iconoclaste sur les représentations, imaginaires des uns et des autres confrontés au principe de réalité et aux évolutions (révolutions) en cours dans une société en marche …

Il y a effectivement de la remise en cause dans l’air …

 

 

Abordons  l’actualité brulante, inscrite au calendrier d’été des élus, bien malgré eux. Les modalités d’adoption de la carte intercommunale (de manière plus institutionnelle : « révision du schéma départemental de la coopération intercommunale »), telle qu’initiée par ce gouvernement ont mis le feu aux poudres …   Philippe Richert, Ministre en charge des collectivités territoriales, et Gérard Larcher, président du Sénat ont été interpellé à plusieurs reprises par les Maires, sur ces conditions de mise en place.

Deux griefs principaux : le manque de concertation et le coté pour le moins précipité de la manœuvre … Un  réel consensus existe sur la nécessité de rénover l’intercommunalité, mais la méthode choisie par ce gouvernement pose problème. Trop souvent, les élus sont placés devant le fait accompli par le Préfet, découvrant effarés la création de nouveaux EPCI quelquefois sans relation avec les bassins de vie ou la réalité du terrain.

 

Cas d’école, la Seine et Marne

Tel est le cas en Seine et Marne. Une situation dénoncée dans un courrier récent du Président du Conseil Général Vincent Eblé et des Sénateurs, Nicole Bricq et Yannick Bodin demandant au Préfet de revenir sur un calendrier jugé trop expéditif, afin d’instaurer un vrai débat dans l’intérêt même de la carte intercommunale. La méthode choisie  «  ne paraît pas constituer un gage de réussite ni être conforme aux instructions données par le Gouvernement.», écrivent ils.

Il ne peut y avoir de coopération intercommunale réussie que si elle s’opère sur des bases librement consenties à partir d’un véritable projet partagé a d’ailleurs rappelé Philippe Richert lors des assises. La volonté affichée par le Ministre est d’aboutir avec les élus, à une véritable « coproduction » (vœu pieux, démagogie ?). Force est de constater que  nous sommes fort éloigné de ce cas de figure en Seine et Marne.

Les élus n’ont été ni informés, ni consultés en amont, sur le projet de schéma présenté lors de la 1ere réunion de la Commission Départementale de Coopération Intercommunale (ou CDCI) ;  cette dernière n’a donné lieu à aucun débat, se transformant en une simple chambre d’enregistrement. Les élus disposent de trois mois, (jusqu’au 6 aout),  pour se prononcer, ce qui en pleine période estivale n’est pas sans poser de problème (le défaut de délibération valant avis favorable) ! J’ose à peine me demander ce qui arriverait à un Maire agissant de la sorte, pour une enquête publique ou un appel d’offre ! Il aurait certainement un rappel du Préfet !

Comment, dans un laps de temps aussi court, émettre un avis éclairé alors que le projet de schéma présenté et préparé en catimini, je ne peux imaginer que certains grands élus du département ayant quelque responsabilité politique nationale aient été mis dans la confidence, sur ces question, l’Etat est impartial, fait apparaître des scenarii pour le moins inattendus et improbables ?

Quand prendre le temps de consulter les populations concernées,  échanger avec les élus des collectivités susceptibles de devenir demain des partenaires ?

Les débats de ces deux jours l’attestent bâtir une intercommunalité ce n’est pas uniquement déterminer un périmètre, aussi important soit-il, mais bien avoir la volonté de partager un avenir et des projets communs.

Il y a la carte et le territoire, le périmètre et le projet. Mais le périmètre ne peut être le projet, c’est bien ce dernier qui devrait déterminer le  périmètre !

Le ministre a eu beau faire une véritable déclaration d’amour aux communes, en citant Tocqueville (« la commune, école primaire de la démocratie », voir plus loin), peu ont été convaincu, car si les élus attendent de l’amour (désespéremment avec ce gouvernement) ils préfèrent  les preuves concrètes d’amour, c’est bien là que le bas blesse.

L’approche choisie par le gouvernement actuel, véritable passage en force, est à l’opposé  de celle initiée par le gouvernement Jospin, lors des lois Chévènement votées à l’unanimité,  basées sur le contrat et le consensus. Ce caporalisme pourrait avoir des conséquences lourdes de sens dans le futur.

 

Le retour des marquisats

Lors des débats, beaucoup d’élus, notamment de villes péri urbaines, ont dénoncé cette course au gigantisme, trop souvent placée au service de destinées individuelles et portée par des élus, de moins en moins locaux (de toutes tendances d’ailleurs, phénomène constaté en province comme en Ile de France),  de moins en moins proche et disponible, gérant par délégation, véritables aspirateurs de territoire, cumulant mandats et responsabilités.

Le retour à un médiévalisme territorial remettant en cause les logiques de solidarité territoriale est réel. Ils ont souligné le cout de cette évolution pour la démocratie locale. D’autant qu’il faut analyser cette évolution, au prisme de la création du conseiller territorial, toujours contreversée, y compris par de nombreux élus de droite, qui en acteurs du terrain se rendent bien compte de l’ambiguité des missions de ce futur élu hybride et des risques de confusion et de conflit d’intérêt qui vont suivre entre terre d’élection, et territoire que ce soit département ou région …

 

Nous reviendrons dans une prochaine note sur l’intervention de Jean Viard, qui a abordé cette thématique de la carte et le territoire, à contre pied et dans un style provocateur et pour tout dire décoiffant mais au combien interpellant …

Annexe : la commune vu par Tocqueville

« C’est pourtant dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science; elles la mettent à la portée du peuple; elles lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n’a pas l’esprit de la liberté. Des passions passagères, des intérêts d’un moment, le hasard des circonstances, peuvent lui donner les formes extérieures de l’indépendance; mais le despotisme refoulé dans l’intérieur du corps social reparaît tôt ou tard à la surface.

Tocqueville

De la Démocratie en Amérique, Tome I, première partie, Chapitre 5 »

« Conversations urbaines » autour du (trés) Grand Paris

logo.gifL’Atelier international du Grand Paris (AIGP) lance un cycle de débats intitulé « Conversations métropolitaines » consacré à l’avenir de la métropole francilienne.
Installé depuis février 2010 au Palais de Tokyo (dans les anciens locaux de la FEMIS) l’équipe permanente de  L’AIGP poursuit  la réflexion initiée lors de la consultation internationale de 2008, avec une feuille de route claire : provoquer le débat, catalyser et accompagner les recherches sur les enjeux urbains liés au projet, et alimenter le travail des 10 équipes d’architectes toujours en charge du suivi de ce grand dessein. L’AIGP associe à parité Etat et collectivités territoriales, Pierre Mansat Maire Adjoint de Bertrand Delanoe est apparemment pressenti pour en prendre la présidence ce qui ne serait que justice au regard du travail qu’il a effectué sur notre métropole.

Afin de contribuer à l’émergence d’une vision «partagée», et de prendre en compte les initiatives locales et la réalité du terrain,  l’Atelier international du Grand Paris s’est associé à l’Union régionale des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement d’Île-de-France (URCAUE) pour organiser ces « Conversations Urbaines ». Elles sont ouvertes aux élus, acteurs du terrain et professionnels de l’aménagement urbain et regroupent des séminaires techniques, des soirées débats qui donneront l’occasion de confronter et croiser les différents points de vue sur les stratégies et pratiques urbaines mises en œuvre en Île-de-France, notamment au travers du prisme de l’Intensité urbaine et des Espaces ouverts. 

  • Intensité urbaine, afin de faire émerger la « métropole de l’après Kyoto » selon quelques principes : combattre l’étalement urbain, agir sur les mobilités en améliorant et l’optimisant le réseau de transport en commun, renforcer l’accessibilité des services de proximité au plus grand nombre. 
  • Espaces ouverts, ces derniers étant de plus en plus menacés, malgré leur qualité et leur complémentarité avec l’espace urbain. Espaces naturels pourtant indispensables pour lutter contre l’urbanisation consommatrice de foncier,  mais également apporter des solutions au  réchauffement climatique et à la dégradation de la bio diversité. 

Les « conversations métropolitaines » sont l’occasion de faire remonter  les retours d’expérience, susciter et provoquer les interrogations autour des nouveaux modes de faire (territoire, habitants, acteurs locaux), aborder les contraintes rencontrées, mais aussi  faciliter une réflexion plus transversale portant notamment sur les usages …

J’ai eu l’honneur d’être invité à leur premier séminaire de travail consacré à une thématique pour le moins sensible et controversée ; celle de l’intensité urbaine …

Vaste débat, et ce pour plusieurs raisons …

 

 

 

Dans son propos introductif, Bertrand Lemoine, Directeur Général de l’IAIGP, a souligné l’intérêt de la collaboration entre sa structure, l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région ile de France et l’Union régionale des CAUE.
Les « Conversations métropolitaines », peuvent être utiles au rapprochement entre recherche théorique, prospectives proposées par les 10 cabinets d’architectes et la réalité du terrain telle qu’elle est ressentie par ses acteurs, c’est la grande force d’un tel partenariat.

Rappelons que chaque département abrite un CAUE assurant une mission de service public autour de la promotion de  la qualité architecturale, urbaine et paysagère du territoire. Cette mission se décline en plusieurs types d’actions : information et sensibilisation du public dans les domaines de l’architecture, de l’urbanisme ou de l’environnement, formation des maîtres d’ouvrages, information et conseil aux particuliers et aux collectivités locales …
Véritables butineurs  du terrain, les CAUE tissent des liens privilégiés avec l’ensemble des acteurs locaux de l’aménagement ou de l’environnement qui participent à la fabrication de la ville durable.

En Ile de France ils se sont regroupés en Union régionale (excepté celui de Seine et Marne !) afin de valoriser leurs réseaux de compétences, mener des initiatives communes  liées au devenir de la métropole francilienne, ou  à la réflexion autour du bâti bo climatique (expérience Ekopolis).

 

De la densité à l’intensité

Lors de ce premier séminaire, quelques intervenants se sont lancés dans un débat assez théorique en fait,  portant sur les différenciations entre intensité, densité, ou compacité, autant de termes « voisins » souvent employés pour  décrire un concept commun … Pourtant une ville intense n’est pas forcement une ville dense

Si certains n’ont évoqué qu’une différenciation de type sémantique, destinée à suivre un effet de mode, ou une approche plus soft auprès des habitants, d’autres participants ont précisé que l’intensité définit une notion beaucoup plus dynamique, tenant compte des relations entre habitants, de la présence et de la vitalité à la fois des services et des fonctions, une ville dense peut ne pas être intense, si elle se limite à être une cité dortoir orpheline en services aux habitants.

Deux interrogations ont été soulevées  :

  • le niveau à partir duquel la densité n’est plus « soutenable » pour les habitants. Approche mathématique basée sur un nombre de logements à l’hectare, variant selon les morphologies urbaines existantes et la fixation de seuils : 60, 70, 80 logements ou 100 logements par exemple, à proximité d’une gare …
  • la pédagogie à déployer auprès des  habitants pour les convaincre d’accepter une densité élevée. Aborder cette question sur l’angle de la qualité des services et des liens sociaux peut faciliter une prise de conscience collective au regard des priorités environnementales liées au réchauffement climatique : lutte contre l’étalement urbain, diminution des déplacements, création d’espaces publics et d’espaces verts de qualité. La notion de densité végétale a été avancée.

Le succès de l’habitat individuel a été évoqué, ce dernier s’étant développé à partir de la ville américaine, mode d’organisation urbaine basée sur le développement de lotissements individuels et l’étalement urbain qui répond cependant à priori au besoin d’intimité recherché par beaucoup de nos concitoyens. Véritable clé de valorisation d’une ville dense, la qualité architecturale du bâti et la diversité des typologies et morphologies urbaines qui doivent prendre en compte le besoin d’intimité des futurs habitants par la création d’espaces privés appropriables.
Chacun doit se sentir chez soi.

Vincent Fouchier, Directeur Général Adjoint de l’IAU, a fait une intervention remarquée,  présentant le grand intérêt, d’illustrer le relativisme des concepts liés à la densité urbaine de manière très visuelle et quelque peu provocatrice.

Une thématique sensible, correspondant à des imaginaires ou des représentations, qui diffèrent selon les approches des uns et des autres ou la profession exercée. Autre limite, l’écart entre  densité perçue ou densité effectivement mesurée peut surprendre, et souligne  les limites de l’analyse quantitative. A contrario l’importance du qualitatif, peu mesurable, a trop peu souvent été évoqué.

L’intensité urbaine est au cœur du Développement urbain car limitant l’étalement urbain, et privilégiant le fait de bâtir la ville sur la ville. Il est également important de ne pas confondre le concept de densité avec ceux de morphologie, d’organisation ou de forme urbaines ; dans le même esprit il faut différencier densité du bâti, densité de population ou densité végétale. Rappelons que  l’éco quartier de Fribourg est beaucoup plus dense que la ville de Sarcelles, on associe trop souvent à tort les fortes densités aux tours et aux barres des grands ensembles, un modèle d’organisation urbaine, littéralement « repoussoir » pour les habitants.

Il a abordé également  le lien naturel, indissociable, entre densité et mobilité, qui a été un axe majeur du Schéma Directeur d’Ile de France, mais également des projets autour du Grand Paris.

 

les outils réglementaires pour densifier ?

Emmanuel Acchiardi, Directeur Adjoint de l’Unité Territoriale de l’Equipement et de l’Aménagement des Hauts-de-Seine,  est revenu sur la « boite à outils » permettant de faire accepter par les habitants et les élus, une intensification acceptable, basée sur la concertation et la pédagogie (Agenda 21, Plan Climat, SCOT, PLU …).

L’intensification est « acceptée » selon lui, lorsqu’elle s’inscrit dans un projet global, concerté, qui permet de répondre à des besoins collectifs,  et qu’elle donne lieu à une démarche pédagogique, qui peut être basée sur des visites de terrains favorisant une présentation concrète des opérations réalisées et des densités auxquelles elles correspondent

Autre argument, notamment à partir d’une organisation urbaine existante,  le financier. Il a évoqué la piste de réflexion actuellement explorée autour du concept du « Build In My BackYard » (BIMBY), afin de faire émerger la ville durable à partir du tissu pavillonnaire existant, permettant tout à la fois de densifier et valoriser les parcelles. Elle correspond à un programme de recherche sélectionné en 2009 par l’Agence Nationale de la Recherche dans le cadre de son appel à projets « Villes Durables » permettant de renouveler le tissu urbain pavillonnaire, qui représente une grande part des surfaces urbanisées en Europe. A ne surtout pas confondre avec le « NIMBY » :  acronyme provenant de l’anglais « Not In My Back Yard » (« pas dans mon arrière-cour ») qui désigne une position refusant toute nuisance dans son environnement proche (« syndrome nimby ») : déchetterie, usines …

 

Et l’homme dans tout ça ?

Lors de mon intervention, j’ai surtout parlé d’humain, d’affect, de pathos, jusque là absent des échanges. J’ai fait part de ma surprise,  jusque là, aucune intervention, au delà d’arguments trés rationnels certes n’ayant fait référence au désir, à l’envie de ceux qui vivent, s’épanouissent ou travaillent dans les villes.
Rendre la ville désirable représente également pour moi une piste d’action pertinente à ne pas sous estimer : la qualité des espaces, de l’environnement, des services, la prise en comtpe des besoins, notamment avec le vieillissement de la population sont autant d’éléments qui in fine ont un sens et peuvent faire passer des représentations qui ne correspondent plus à la réalité. C’est ce que nous expérimentons au niveau du logement social en liant la réponse quantitative au qualitatif.

L’intervention de de Vincent Fouchier a d’ailleurs démontré le relativisme d’une approche trop technique et les limites d’une telle démarche. Maire d’une petite ville de la grande couronne, il m’apparaît important d’insister sur la notion de projet de ville, surtout lorsqu’il est partagé et collaboratif, mais également sur la question de l’identité locale.
Une ville est un élément identitaire important et structurant pour ses habitants, un des éléments clés qui font une citoyenneté, il est important que les urbanistes et les architexces en tiennent également compte.

La question sociale est centrale, les relations et le lien social étant par essence fédérateurs. La prise en compte des mixités urbaines qu’elles soient sociales, inter générationnelles ou fonctionnelles favorise une ville plus dynamique, plus forte car fédérée par une vraie cohésion sociale collective  … Une ville plus intensemais également plus humaine …

Un projet de ville ne peut se limiter à une approche uniquement théorique, quantitative, trop réductrice, mais doit intègrer le facteur humain trés en amont, sentir les tendances qui émergent et font bouger une société. La place croissante des seniors en est une, comme celle du réchauffement climatique ou de l’importance de plus en plus réelle et haureusement que nous accordons à la nature.

Autre point clé, celui de la temporalité ou plutôt des temporalités, car la ville est temps et espace … Il y a le temps de l’incubation du projet, celui de son montage, de sa réalisation, de son lancement … Le temps d’une opération urbaine également, comme celui des recours juridiques quelquefois abusifs, le temps d’un mandat, le temps d’une vie, le temps d’une ville, le temps de la planète  … Autant de temporalités qui s’entrecroisent.
Il faut du temps pour réfléchir, se concerter, étudier en amont, ou piloter de manière transversale et collaborative.  Nous sommes pourtant en plein big bang territorial. Les normes et  textes juridiques  sont de plus en plus complexes, exigeants mais également éphémères, influant un contexte mouvant qui impose pourtant retenue et sérénité. Le maitre des horloges qu’est l’Etat, exige, trépigne, demande des comptes, invoque l’urgence des besoins et dans le même temps parle de concertation, d’études  …Une vraie schizophrénie !

Mais la ville est également émotion … La qualité des espaces publics, des formes urbaines, le talent des professionnels sont autant d’atouts pour permettre une densité  plus élevés, d’autant lorsqu’ils respectent l’homme, la cité et la nature.
Il faut travailler sur la piste de l’exigence qualitative …

Enfin, révolution culturelle et sociétale, l’urgence environnementale; une des clés d’entrée de la ville dense, ou intense.
Nous devons tout à la fois limiter l’émission des gaz à effet de serre, en recherchant la meilleure efficacité thermique, et préserver activité agricole, bio diversité ou espaces naturels en limitant l’étalement urbain, en reconstruisant la ville sur la ville et en privilégiant une certaine intensité.

Mais une ville vit, respire, se développe, se régénère quelquefois pour ne pas mourir, et pour ce faire il est important de rendre possible ou de favoriser la reconstruction de la ville sur la ville …

 

 

Pour aller plus loin :

inscription, plaquette à télécharger

 

CYCLE INTENSITE : Soirée débat le 16 juin

S’interroger sur les conditions à réunir pour intensifier les espaces urbains, c’est poser sans détour la question de la qualité. On sait en effet depuis longtemps que densité perçue et densité mesurée révèlent des écarts qui pointent les limites de l’analyse quantitative. .

Il n’est autre que celui de la «métropole d’après Kyoto » : combattre l’étalement urbain dispensateur de gâchis de terres agricoles, compléter ou optimiser le réseau de transports en commun pour limiter l’usage de la voiture, rendre la ville et ses services de proximité accessibles au plus grand nombre.

Au programme :

  • du règlement à L’urbanisme opérationnel : quelles marges de négociation ?
  • le paradigme de l’intensité : quels nouveau équilibres ?
  • Le temps de la pédagogie : quels aprtages avec l’habitant ?

 

Prochainement :

 Novembre 2011 – Marché foncier et accès au logement /  Janvier 2012 – Stratégies et formes urbaines

 

CYCLE ESPACES OUVERTS : soirée débat le 30 juin, à laquelle je participe.

Réfléchir à l’organisation de la métropole par l’armature des espaces ouverts n’est-il pas l’occasion de proposer un autre récit pour imaginer le devenir de l’ile de France ?

La reconnaissance de la valeur des espaces ouverts, dans leur complémentarité avec l’espace bâti, est indispensable pour lutter contre une urbanisation consommatrice d’espaces.

Mais cette inversion du regard, ce travail sur la fabrication du lien entre des morceaux fragmentés d’urbanisation ne permet–il pas aussi d’inventer d’autres projets ?

 Au programme : 

  • Quelles réponses apportent ils aux défis du XXI eme siècle ?
  • Nouvelles pratiques, nouveaux acteurs : pour quelles richesses ?
Prochainement :

Novembre 2011 – Complémentarité des projets urbain et agricole / Janvier 2012 – Biodiversité et stratégie urbaine