La Seine-et-Marne est désormais vue du ciel, s’il existe ?

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C’est avec tristesse que je viens d’apprendre que Christian Bartillat vient de tourner avec élégance la dernière page de sa vie, afin d’écrire de sa belle écriture déliée le mot fin …

Et des pages on peut dire qu’ il en a connu … écrites avec passion, rigueur et humilité de sa plume alerte et précise, ou découvertes en provenance de tous les horizons et de tous les continents …
Ce diplômé en sciences politiques, essayiste et écrivain, a surtout été pour la majorité d’entre nous un éditeur de premier plan.

Je devrais plutôt dire « à géométrie variable »,  tant il a accordé autant d’importance, de considération et de respect à des auteurs majeurs tel Karen Blixen, Anais Nin, Virginia Woolf ou Henry Miller qu’il a contribué à faire connaître en France, qu’à des historiens locaux anonymes dédiant leur existence, à la petite histoire des petites gens d’antan ou à leur territoires .…

Cet éditeur reconnu de la place de Paris, directeur général des Éditions Stock, avait en effet décidé de consacrer la dernière partie de sa vie, à contribuer à nous rappeler l’importance et la qualité d’un patrimoine historique, culturel local, trop souvent méconnu, oublié ou même ignoré … Un des livres édités par les presses du village, ne s’appelle t’il pas « La Seine et Marne vue du ciel » ?

Il l’a fait en présidant notamment aux destinées de la Société d’histoire et d’art de Meaux, mais surtout en créant les éditions « Christian de Bartillat », puis les Presses du Village qu’il a dirigé durant vingt-huit ans, jusqu’en 2010, lors de la cessation d’activités d’une maison d’édition,  atteint par la maladie 

 

Cela a été une si belle aventure …

 

 

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Pour faire vivre de telles sociétés d’éditions, il faut non seulement du talent, de la passion, mais aussi des moyens financiers, car ce sont bien les économies de ce mécène qui ont permis aux Presses du Village, de fonctionner tant d’années.
Il avait eu cette heureuse formule lors d’un interview accordé à Bernard Pivot « En tant qu’éditeur, je ne créé pas, je procréé » …

Et des enfants de papier, il a en eu, à foison …

Un interview émouvant, qui m’a permis d’entendre pour la première fois, sa vraie voix, une belle voix grave, profonde et précise, où chaque mot était à sa place et pesé.  Lors de nos rencontres, j’avais été frappé par l’altération de cette voix brisée par la maladie, mais qui malgré la déformation due à l’appareillage, était littéralement habitée par la passion et la flamme communicative qu’il consacrait à tous ses auteurs …  

Nous avons mené à terme à l’époque un projet commun, qui sans son concours désintéressé n’aurait jamais pu voir le jour : la réédition  d’un livre, qu’une de mes concitoyennes Michele Bardon, auteur des « Presses du village » et historienne locale reconnue, avait consacré à ma ville, Trilport. J’ai aujourd’hui une pensée émue, pour luises proches, mais aussi Michèle Bardon, qui nous a quitté il y a déjà quelques année et qu’il a tant soutenu dans ses travaux.

Je  tiens à associer à cet hommage un ami toujours en activités, Damien Blanchard. Depuis des années il se bat et se débat pour faire vivre, lui aussi, une maison d’édition dédiée à l’histoire locale : les éditions Fiacre. Ce n’est pas pour rien que Christian de Bartillat lui avait d’ailleurs proposé de reprendre les rênes des « Presses du Village ».

Pour perpétuer son souvenir,  chacun peut contribuer à ce que  Damien Blanchard poursuive son activité de « passeur » et d’éveilleur qu’il partage avec ce gentleman de culture et d’histoire locale qu’était Christian de Bartillat, pour qui le mot culture s’écrivait au pluriel, avec humilité, considération, ouverture et respect, tant de l’oeuvre, que de ou des auteurs mais aussi et surtout des lecteurs.

 

 

 

Voilà ce que je déclarais lors de la présentation du livre de Michèle Bardon 

Il est essentiel à l’heure d’Internet, du zapping et de l’instantané, de saisir tout le poids du passé, et de prendre le temps de la réflexion. Un élu qui aime son territoire et dispose de la dose d’humilité minimale, le sait … Les leçons de l’histoire se conjuguent au présent, souvent au futur et quelquefois au conditionnel .

C’est le sens de l’engagement de Christian de Bartillat, à qui je veux rendre hommage et sans qui nous aurions eu beaucoup plus de mal à boucler ce projet.  Cet homme de passion, de valeurs et de fidélité, a choisi il y a 25 ans d’implanter dans un village voisin, Etrépilly, une société d’édition dénommée « Les Presses du Village ».  Le choix de cet érudit, dirigeant de grandes maisons d’édition ( le Seuil, les Presses de la cité) loin des canapés et des petits fours des milieux intellectuels parisiens en a surpris plus d’un. C’était un choix du cœur,  qui s’est révélé au fil du temps précurseur … Le Développement Durable c’est aussi cela !

Avec sa société d’édition, il a contribué plus que quiconque à faire revivre l’histoire de cette région, mais également à permettre à de nombreux historiens animés d’une passion commune à la faire partager. Plus que jamais, je pense qu’il n’y a pas de petite histoire ou de grande histoire, il y a l’histoire … il n’y a pas non plus de petites gens sans importance, mais des hommes et des femmes qui passent , s’épanouissent et marquent parfois leur passage ici bas, d’une empreinte fugitive ou monumentale, qui peut surgir soudain au détour d’un quartier…

C’est également ce qu’écrit avec ses mots, Michelle Bardon :

 « Peut-être faut-il savoir, par delà le temps, retrouver la présence des amis disparus, avoir savouré la douceur qui inonde de sa paix champs et bois aux derniers rayons du soleil vespéral, la joie des matins de Pâques, fleuris d’oiseaux et d’arbres fruitiers, lorsque se répondent dans le ciel d’un bleu très pur, tous les clochers d’alentour,. les murmures bruissant du silence de la forêt, les jeux du vent dans les mais et dans les blés, la sérénité altière de la Marne ou encore, après la pluie, les pleurs des roses des jardins, peut-être faut il avoir goûté la quiétude de ces lieux pour s y attacher profondément et en apprécier la beauté toute simple?

 

La marche d’Arcelor à Trilport, «l’acier lorrain vivra»

Ou les leçons d’une marche citoyenne

 

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C’est avec plaisir que nous avons accompagné les salariés d’Arcelor Mital lors de leur étape à Trilport pour le dernier kilomètre de la journée. Il paraissait tout à fait normal de nous associer à cette initiative citoyenne qui constitue certainement la réponse la plus intelligente que les syndicalistes pouvaient apporter aux lacrymogènes reçus des forces de l’ordre les empêchant d’accéder au QG de Nicolas Sarkozy, il y a quelques jours.
Soulignons que c’est cet « accueil » qui est à l’origine de cette marche tant ils l’ont mal vécu. L’aspect incontestablement pacifique, bon enfant et non violent de leur initiative n’en prend que plus de relief, non ce ne sont pas des casseurs, et le seul mot d’ordre politique qui les a animé durant ces dix journées est le slogan : «l’acier lorrain vivra !».

A leur arrivée à Trilport, les syndicalistes étaient impactés physiquement et moralement par les dix journées de marche, la fatigue, la pression, mais surtout les blessures diverses (ampoules, contractures ou entorses), résultant d’un effort physique auquel ils n’étaient pas préparés, totalisant déjà prés de 300 kilomètres au compteur.
Cependant, si leur énergie était quasi intacte, c’est bien grâce à la chaleur de l’accueil et aux multiples témoignages de sympathie recues tout au long de leur parcours, qui les ont littéralement « booster » dans leur effort, relayé par les attaques inutiles de Nicolas Sarkozy du début de semaine sur l’action syndicale.

Ce soutien populaire s’est vérifié à Trilport. Nous avions fait appel à toutes les bonnes volontés pour l’occasion, et avons été entendu au delà de nos espérances … habitants, retraités, syndicalistes, mais aussi beaucoup d’anonymes apportant spontanément nourriture, réconfort ou argent, et donnant ainsi à l’événement toute la dimension citoyenne à laquelle nous tenions.
Jusqu’aux soins diligentés à leur arrivée afin de soigner les bobos et de leur permettre de repartir le lendemain du bon pied, afin d’être présent au rendez vous fixé au pays, sous la tour Eiffel, sentinelle d’acier lorrain, chacun le sait désormais.

La dimension populaire de la marche pour l’emploi (ou encore marche de l’acier) a dépassé le seul cadre des hauts fourneaux, tant elle constitue non seulement un défi insensé pour sauver l’emploi des salairés de Florange, mais aussi interpelle le politique, et ce à plusieurs niveaux, dont celui notamment de la parole donnée, du poids des mots, et de la désespérance et la colère qu’entraine les promesses non tenues,

 

J’y reviendrais …

 

 

 

 

 

 

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Il est bon de rappeler que cette marche fait suite aux promesses « gravées dans le marbre », de Nicolas Sarkozy (février 2008), sur le site même de Florange,  puis réitéré peu après au Palais de l’Elysée devant les syndicalistes; promesses non suivies d’effets. Un épisode que m’a rappelé Edouard Martin, le délégué CFDT du comité d’entreprise européen du groupe, et qui les ont considérablement marqué. Une opération de comm’ destiné juste à surfer sur le désespoir des salariés, et à remonter d’un ou deux points dans les sondages de popularité, ce qui les a profondément écœur de Nicolas Sarkozy dans un premier temps, mais plus grave de l’action politique en général. Car aprés les maux et les lots, ensuite, silence radio, plus de nouvelles … Il a fallu que les syndicalistes inaugurent devant l’usine et accessoirement la presse, la fameuse stèle, « Ici reposent les promesses de Nicolas Sarkozy faites le 4 février 2008 », pour que l’on reparle de leur sort et des promesses non tenues du Président, geste qui a passablement énervé le candidat  Sarkozy …

Edouard Martin est  devenu la « tête de gondole médiatique » de l’intersyndiacale des salariés d’Arcelor, à l’instar de Xavier Mathieu, le porte-parole emblématique des « Conti ». Il est important pour de tels mouvements de disposer de bons relais médiatiques, de « passeur d’émotion » ayant la capacité de trouver les mots permettant de faire entendre toute la noblesse et la dignité de ce combat syndical, face aux communicants professionnels des entreprises ou du gouvernement. Un manque de savoir faire, peut être, heureusement compensé par l’authenticité du discours.

Mais au delà de la faillite politique, il y a également l’interpellation économique. Pourquoi une telle fermeture avec toutes ses conséquences sociales pour les familles et les territoires induites ? Dans ce cas précis, l’aciérie ferme non pas parce qu’elle ne gagne pas d’argent, mais parce qu’elle n’en gagne pas assez, situation qui démontre les limites du modèle capitaliste financier actuel, notamment pour une industrie aussi stratégique que l’aciérie.

Mais gare à la surenchère … Question promesse, les syndicalistes d’Arcelor Mital sont blasés et pour tout dire, mêmes blindés et vigilants. S’ils souhaitent désormais la défaite de Nicolas Sarkozy, ils seront sans concession pour le futur Président, quelqu’il soit, et cette mise en garde ne peut se limiter à la seule droite …

J’ai rappelé à Edouard Martin et à Jacques Minier, autre leader du groupe, moins charismatique qu’Edouard mais plus dans l’organisationnel, un souvenir personnel gravé dans ma mémoire. J’étais présent à la gare de l’Est un certain 13 avril 1984, le jour de la manifestation des sidérurgistes de Lorraine venus manifester à Paris.
Je ne suis pas prêt d’oublier la vision de ces milliers de travailleurs casques à la tête, revêtus de leur combinaison descendant des train, j’ai encore à l’oreille le bruit de leurs pas sur les quais puis le parvis de la gare. Ils étaient là pour protester contre l’adoption par le gouvernement d’Union de la gauche d’un nouveau plan Acier lourds en licenciements. J’en avais les larmes aux yeux, et me suis juré depuis, de ne plus faire partie des politiques lançant des promesses inconsidérées et des surenchères intenables en oubliant qu’il y a toujours des lendemains des additions à régler et des familles à secourir. Dire ce que l’on va faire, et faire ce que l’on a dit, vois depuis mon crédo   

L’autre enseignement à retenir, plus optimiste, est la force positive qu’une telle aventure humaine lorsqu’elle est authentique et surtout légitime apporte,  à ceux bien évidemment qui la mènent ou y participent, mais aussi  à tous les autres …

Pour cette raison encore , les marcheurs d’Arcelor sont à remercier …

Vidéo de leur étape : La Ferté sous Jouarre / Trilport (arrivée à Trilport)

Article du journal Libération consacré à cette étape

Lien du blog des marcheurs

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Les facteurs rêvent ils de voiture électrique ?

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François, le personnage inoubliable créé par Jacques Tati dans ses deux films (« L’École des facteurs » et surtout « Jours de fête ») qui a fait connaitre dans toute la planète ce personnage central pour nos villes et nos vies qu’est le facteur,  doit remuer dans sa tombe devant la mort annoncée d’un métier qu’il chérissait tant.

La distribution du courrier devient aujourd’hui un véritable sujet d’inquiétude, tant pour les habitants confrontés à une dégradation croissante des conditions de distribution, que pour les facteurs eux mêmes; ce que l’actualité de ces derniers jours a souligné tragiquement.

J’ai reçu, il y a quelques semaines, à leur demande, des représentants de la Direction Départementale de la distribution de La Poste, souhaitant me rencontrer.
Demande inhabituelle, qui ne m’a guère surpris au demeurant, ayant ces derniers mois joué un rôle de médiateur entre la hiérarchie et les facteurs confronté à un conflit du travail pour le moins compliqué et délicat.

Notre discussion a débuté assez cordialement par le rappel de l’engagement de La Poste en faveur de la voiture électrique. Jean Paul Bailly leur PDG, a annoncé un programme d’acquisitions sur 4 ans, portant sur plus de 3 000 véhicules 2 places de Peugeot, et 15 000 utilitaires Renault Kangoo. Ils ont soulignél’engagement responsable et citoyen de l’entreprise et sa  contribution à la lutte contre les émissions de Gaz à Effet de Serre. Voilà pour la version coté pile, car cette mesure cache d’autres initiatives, moins sympathique coté face  …

Selon ces responsables, l’introduction massive des véhicules électrique nécessite de facto l’installation de bornes de raccordement électrique qui ne peuvent être implantées que sur des plates formes industrielles centralisées.

Personne ne voit le rapport ? Elémentaire pourtant cher lecteur …

Les facteurs basés actuellement sur des bureaux de distribution déployés sur le territoire, tel celui de Trilport qui dessert aujourd’hui 14 communes, se retrouveront de fait déplacés en totalité sur un site unique, ce qui signifie la disparition totale de ces bureaux.

La ficelle est un peu grosse, l’innovation environnementale et citoyenne apparaissant du coup plutôt comme un prétexte destiné à camoufler une opération de restructuration qui bouleversera en profondeur l’organisation de la distribution du courrier et qui n’est pas sans poser de nombreuses interrogations, tant logistiques que de fond …

 

 

 

Une  des contraintes majeures des véhicules électriques actuels est une autonomie plus que relative. Un constat qui devant l’étendue du secteur envisagé pour cette restructuration et les difficultés de circulation multiples que nous connaissons chaque jour (nombreux bouchons notamment), fait de la réorganisation proposée par les dirigeants, un modèle tout à fait théorique qui devrait avoir un certain mal à affronter des aléas prévisibles.

Il apparait judicieux de prévoir des bornes de recharge déployés sur les sites excentrés afin d’être en capacité d’alimenter les véhicules en cas de problème d’autonomie, l’autre solution étant tout simplement de garder l’organisation actuelle en se contentant de remplacer  les véhicules à essence actuels, par les électriques.

Le paradoxe serait que devant les contraintes rencontrées, les vehicules « carbonés » ne connaissent une nouvelle vie, ce serait vraiment le bouquet…

 

Sur le fond, de beaucoup d’interrogations subsistent …

La nouvelle organisation sacrifie le rôle éminent de lien social de proximité remplit par les facteurs qui travaillent sur des secteurs quotidiens déterminés. Un rôle trés apprécié des habitants comme des élus qui admettent tout l’apport de ces véritables arpenteurs du quotidien à la proximité comme au maintien du lien social et leur en sont reconnaissant.
Elle marque également la fin de la distribution à vélo, et encore plus celle des tournées à pied; les prochaines devant, selon le nouveau modèle proposé, partir d’un site centralisateur lointain. Au niveau commercial, elle banalise l’importance pourtant stratégique du «dernier kilomètre», véritable valeur ajoutée pourtant de l’enseigne. Une chaîne logistique complète, telle celle de la distribution du courrier pour être efficiente, nécessite à la fois un traitement de masse trés automatisé au niveau des centres de tri mais aussi des facteurs ayant la connaissance de leur secteur respectif et qui souvent nouent d’authentiques liens de confiance avec les habitants, notamment agés.
Sinon pourquoi choisir La Poste par rapport à UPS ou d’autres sociétés concurrentes ?

Tout spécialiste de la logistique, le sait, le segment financièrement et logistiquement le plus lourd à organiser et à « porter » est toujours le dernier maillon, qui ne peut être automatisé et exige un travail quasi individualisé, nécessitant moyens humains, attention, méthode, connaissance du terrain, fiabilité et temps.
C’est aussi toute la force de La Poste, ce depuis sa création …

Il est dommageable pour l’enseigne de perdre tout le capital sympathie et confiance accumulé depuis tant de décennies,  dont jouissent les facteurs dans nos Territoires. D’autant qu’une partie de la population, notamment âgée, ne pratique pas ou peu Internet.

Selon les responsables rencontrés, la réorganisation ne se limitant qu’au changement du point de départ de la tournée (une paille), elle ne devrait pas remettra en cause les conditions de qualité de distribution des courriers  et colis. Nous sommes quelques élus et usagers cependant, à en douter, vu la dégradation incontestable (amplitude, fréquence, régularité…) subie ces dernières années.

Si un élu local ne peut intervenir dans l’organisation interne d’une entreprise, il se doit d’être intraitable sur la qualité du service du à tous les usagers, notamment les plus faibles. Rappelons que l’exclusion est aussi numérique et que notre société a encore besoin du courrier. La baisse tendancielle du volume des plis et colis du au développement d’internet, est cependant limité par la croissance démographique considérable de nos territoires.

Pour toutes ces raisons, nous seront trés attentifs à la suite des évènements.

 

 

 

 

Info

Depuis mars 2010, la Poste est une société anonyme à capitaux publics. Le dernier secteur protégé (distribution des plis inférieurs à 50g) est ouvert à la concurrence depuis le 1er janvier 2011.

Pour amortir les effets de la baisse tendancielle du volume du courrier, la Poste s’évertue à améliorer sa productivité tout en réduisant ses effectifs. Ce qui n’est pas sans conséquences, tant sociales qu’au niveau de l’efficience du service rendu.

Les agro carburants épinglés

hausse impots cour des comptes rapport.jpgUn rapport récent de la Cour des Comptes vient confirmer les réserves que j’avais exprimé dans mes précédentes notes consacrées à la filière  agro carburant (agro carburant plutôt que Bio carburant, les bio carburants sont ils écolos).

Mais avant d’aller plus loin et afin de dissiper tout éventuel malentendu, je veux insister sur l’intérêt, la nécessité même, de trouver de nouveaux débouchés à l’activité agricole. Les champs de nos campagnes constituent un gisement potentiel considérable d’activités et d’emplois à développer, en termes de production alimentaire, mais pas seulement.
Au regard de la croissance démographique en cours et des 9 milliards d’habitants que notre planète abritera en 2050, chacun mesure l’importance de sauvegarder une agriculture performante, productive, qui soit également respectueuse du cycle des saisons comme de la biodiversité.

Les espaces agricoles sont aujourd’hui victimes de différents types d’agression qui les fragilisent et menacent leur existence (consommation foncière , fragmentation, mitage, les pollutions  …), ils ne seront d’autant plus aptes à se défendre qu’ils constitueront un enjeu stratégique et économique pour le territoire. Toute la question de leur maintien dépend de cette réalité économique.  

Mais je ne pense pas que le développement des agro carburants soit la bonne réponse, contrairement à l’émergence de filières locales dédiées, notamment, aux éco matériaux (j’y reviendrais dans une prochaine note).

Pourquoi autant de réserves sur les agro carburants ?

 

 

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Les politiques en faveur des biocarburants ont d’abord été liées aux politiques agricoles, puis ont visé l’indépendance énergétique, et enfin ont eu pour objet de répondre aux préoccupations environnementales.

Qu’en est il …

 

Avant d’aborder ces objectifs, quelques données de cadrage …

Les biocarburants qui sont actuellement sur le marché, sont utilisés en mélange avec les hydrocarbures. En France, ils sont distribués pour la circulation automobile sous deux formes, le biodiesel en addition au gazole, le bioéthanol en addition à l’essence.

Le biodiesel est fabriqué en France à partir d’huile extraite du colza et du tournesol, qui poussent sur place, du soja et du palmier qui sont importés, mais également à partir de graisses animales ou d’huile alimentaires usagées.

La place des agro carburants est en France encore minoritaire, à peu prés environ 2,5 % du total des carburants utilisés pour le transport routier, notre pays est cependant devenue le quatrième pays producteur d’agrocarburants.

L’un des objectifs de cette politique pour le moins volontariste était de conforter notre indépendance énergétique vis à vis des pays producteurs de pétrole et surtout de gazole, qui dans notre pays est largement développé du fait d’une politique fiscale très avantageuse, notamment pour les poids lourds.

L’Agence européenne de l’environnement indique que si l’on souhaite recourir à la biomasse pour couvrir 20 à 50 % des besoins énergétiques mondiaux dans les décennies à venir, il faudrait tripler la récolte planétaire. Pour couvrir les besoins de l’UE, les surfaces cultivées pour les biocarburants devraient augmenter de prés de 2 millions d’hectares d’ici à 2020, selon un rapport de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, ainsi que les importations d’huile de soja et de palme.

Les biocarburants utilisent en France pour la culture de leur matière première un peu moins de 6 % de la surface agricole utile, c’est-à-dire 1,7 Mha en 2010, dont 1,45 Mha pour le biodiesel et 250 000 ha pour le bioéthanol.
Soyons honnête,  les biocarburants sont partis d’un a priori positif, cela n’a pas duré, plusieurs raisons expliquent ce revirement, tant économiques, qu’environnementales …
Au niveau économique …
Il est bon de rappeler que les deux filières de l’agro carburant (éthanol et biodiesel) ont bénéficié, en 5 ans  de près de 2,65 milliards d’euros de défiscalisation de l’Etat (au titre de l’exonération partielle de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques , l’ex-TIPP), manque à gagner « essentiellement supporté par les consommateurs », selon le rapport.  Le plan de soutien aux agrocarburants a permis de développer considérablement cette industrie, grâce à des investissements massifs de 1,5 milliard d’euros, dans ce cadre, la filière biodiesel a bénéficié de soutiens dont le montant est supérieur à celui de ses investissements.
Constat, les biocarburants contiennent moins d’énergie par volume que les carburants classiques. Il faut en consommer plus pour effectuer un kilométrage donné. Une situation qui si elle rapporte plus de taxes à l’Etat, coûte plus cher à l’automobiliste qui doit mettre plus de carburant pour parcourir la même distance. Le bioéthanol permet ainsi de parcourir 68 km contre 100 pour l’essence, et le biodiesel 92 km contre 100 avec du gazole.
Au regard de ces performances, l’impact en termes d’indépendance énergétique n’est pas significatif, il faudrait pour cela que les taux d’incorporation soient plus élevés, ce qui exigerait deux contre parties : adapter les moteurs mais aussi étendre la superficie des surfaces dédiées aux agro carburants  pour satisfaire les besoins.
Au niveau environnemental …
Les changements d’affectation des sols (directs et indirects), entre des espaces autrefois occupés par des forêts notamment primaire (Amérique du Sud, Asie, Indonésie) ou de l’agriculture alimentaire, entraine une concurrence avec l’alimentation humaine, des atteintes considérables à la biodiversité, une déforestation qui diminue les capacités planétaires de capturer le carbone et ainsi augmente les émissions de gaz à effet de serre (GES).
D’après un rapport de Greenpeace, le biocarburant vendu en France, serait composé de 30 % d’huile de soja et d’huile de palme, importées d’Amérique du Sud.
L’envolée du prix des matières premières agricoles en 2008 a instauré une concurrence entre la production de biocarburants et celle de la nourriture pour les hommes ou animaux. Ce qui a causé un débat  vif opposant « nourriture contre biocarburants ». Notamment sur la priorité de l’affectation des sols, un débat qui n’est pas qu’hexagonal concernant également les terres des pays en développement au détriment des cultures alimentaires locales. Un rapport récent de la FAO dénonçait ainsi la responsabilité de cette industrie dans la hausse considérable des prix des denrées alimentaires depuis 2008. 40 % du maïs produit aux Etats-Unis et les deux tiers des huiles végétales de l’UE y seraient absorbés, selon la branche alimentaire de l’ONU.

La production des agro carburants entraine une agriculture de type intensive et polluante, que ce soit en termes d’émissions de CO2 ou en utilisation d’intrants afin d’optimiser les rendements des sols. Autre élément à prendre en compte, dans ce cadre les voitures et les camions continuent de privilégier du fait de l’utilisation d’agro carburant les énergies fossiles et les moteurs à explosion, roulent autant qu’avant, ce qui au niveau des émissions de GES est problématique car elles continuent à croitre !

Le constat de la Cour est qu’au terme de 15 ans de politique en faveur des biocarburants, les seuls équilibres  réellement modifiés par ces politiques sont de nature agricole. En ce qui concerne  l’indépendance énergétique ou la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les résultats ne sont pas probants.

Les auteurs du rapport recommandent  « l’arrêt des subventions soutenant la production de biocarburants » et suggèrent d’accélérer la réduction de la défiscalisation actuelle, jusqu’à son extinction qu’il conviendrait d’envisager sans nouvel agrément pour 2015.

Autre préconisation : satisfaire les exigences de transparence vis-à-vis des citoyens, consommateurs et contribuables, en faisant clairement savoir à l’opinion si la politique en faveur des biocarburants est une vraie composante d’une politique de protection de l’environnement ou un simple volet d’une politique agro-industrielle, ce qui souligne les réserves exprimées par les sages de la rue Cambon.

Pour en savoir un peu plus 

Communiqué de presse

La synthèse du rapport

Le rapport

Les Télé centres émergent de l’horizon …

reseau.jpgUn télécentre doit il contribuer à résoudre la fracture numérique auprès de publics fragilisés, ou bien constituer un équipement dédié aux « professionnels » qu’ils soient indépendants, salariés de TPE, grandes entreprises ou d’administrations ?  Ces deux objectifs apparaissent plus complémentaire qu’antagonistes, chacun étant digne d’intérêt, mais encore faut il que chaque structure se positionne clairement sur le type d’usages privilégié.

L’étude de marché menée par Seine-et-Marne Développement et le cabinet LBMG Worklabs auprès de 27 grandes entreprises franciliennes (dont Areva, Atos, Cap Gemini, Dassault, IBM, SFR, Siemens, Vivendi …) et 150 TPE-PME et indépendants de Seine-et-Marne affiche sans ambigüité la couleur : la cible recherchée est bien le monde professionnel. C’est l’objet de ce billet, nous reviendrons prochainement sur l’autre cible, même si des structures mixtes peuvent également être envisagées. Car il faut rester circonspect, l’expérience des Smart Work Centers d’Amsterdam, démontre que le succès économique n’est pas toujours au rendez vous et que le plus souvent il résulte d’une combinaison très concrète : qualité du business plan, implication des porteurs du projet, valeur ajoutée apportée aux télétravailleurs du secteur.

Incontestablement en France, la réflexion autour de ce nouveau concept émerge, prioritairement portée par les territoires,  qu’ils soient ruraux  ( vercorscantal …)  : lutte contre le désenclavement et la fracture numérique, ou péri-urbains avec pour cible la limitation des transports quotidiens des habitants, souvent supérieurs à 3 heures par jour (notamment dans la grande couronne). Toutes les études témoignent de l’intérêt du concept : tant pour le salarié (voir la note précédente), que pour les entreprises, de plus en plus confrontées à la nécessité de réduire leurs charges de fonctionnement et d’agir en faveur de l’environnement (responsabilité environnementale et sociale).

Rapide focus sur ce nouveau concept, qui avant de pouvoir incarner un modèle économique  « viable », doit représenter une réelle valeur ajoutée apportant des réponses pertinentes aux besoins de ses utilisateurs tant sur le concept, que les couts ou la nature des services proposés …

 

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Les télé travailleurs rêvent ils de télécentres « ubiques » ?

telecentre.jpgConstat banal : en vingt ans, internet a bouleversé modes de vies, repères culturels ou économiques, et l’appréhension même de la notion de temporalité.
La révolution numérique provoque une véritable «accélération dans l’accélération » rendant caduque les schémas traditionnels ayant rythmé nos vies depuis le XIXe siècle, et basés sur le concept d’unité de temps et de lieu.

Nous entrons dans une nouvelle dimension, marquée par le nomadisme croissant qui caractérise nos modes de vie actuels, mais aussi un autre phénomène : le citoyen d’aujourd’hui a la capacité d’être présent dans plusieurs lieux en simultanée, grâce notamment à lé technologie numérique, une véritable quadrature du cercle à la limite de la schizophrénie. Nous voici dans l’ère de l’ubiquité, du moins numérique ou virtuelle.

Nous renoue avec un vieux précepte, cher à Aristote : « La richesse consiste bien plus dans l’usage que dans la possession ». Théorie confortée par le développement du numérique et l’émergence de nouveaux modèles économiques basés sur le partage (usage ou temps d’utilisation). Ce bouleversement concerne les usages numériques mais également d’autres domaines comme celui des mobilités (vélo ou auto partage …).

Il est désormais possible d’amener son travail chez soi, de se déplacer en travaillant, ou encore de travailler à distance, grâce au « télétravail », ou « e-travail »; appellation  qui nous éloigne de la glorieuse époque du Minitel. Ce dernier revêt deux réalités différentes, selon qu’on le pratique à partir de son domicile ou de locaux dédiés (télécentre, coffee shop, coworking space …).

Il m’apparaît utile d’apporter quelques éléments de réflexion, avant de revenir dans un prochain billet sur l’étude menée par le Conseil Général de Seine et Marne, via son agence de développement économique, Seine et Marne Développement sur la thématique du télécentre, d’autant que, dans le cadre de l’éco quartier « L’Ancre de Lune », nous travaillons sur un projet similaire depuis plus d’un an.

Rappelons que malgré les appels d’offres de la DATAR des années 1990 («NTIC et services innovants pour l’aménagement du territoire», « Télétravail, nouvel aménagement du territoire » …), le e-travail reste peu développé en France. Ce concept n’est pas qu’une simple évolution technologique, mais bien  un véritable bouleversement des modèles organisationnels ou managériaux et codes sociaux en vigueur dans l’entreprise. Une mutation qui présente atouts et inconvénients mais surtout, beaucoup d’incertitudes, tant ses composantes sont multiples, voire systémiques, et liés à des questions techniques (équipement, infrastructures) mais aussi culturelles et sociales.

Des incertitudes qui interpellent …

Le « e travail » va-t-il pouvoir se développer ?
Si oui, est il utile de créer des télécentres ?
Ces derniers sont ils un effet de mode, une étape intermédiaire ou bien un modèle économique viable et pérenne ?

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