Un festival du vent, bien nommé …

mini-calvi-1.jpgL’approche des fêtes de Noel ou bien celle de la fin du Monde (chacun son choix) m’incite à mettre ce blog à jour, d’autant que j’ai oublié de publier la  note écrite sur un événement auquel j’ai eu l’honneur de participer début novembre à Calvi, le 21 eme Festival du vent (ou festiventu,  « Courants d’art et inspirations écolos »).

L’édition 2012 a fait honneur à son nom, au regard de la violence de la tempête qui s’était abattue sur l’ïle de Beauté, le vent était bien au rendez vous, au grand dam des organisateurs, des compagnies aériennes comme de leurs passagers. L’atterrissage sur Bastia a constitué un grand moment d’émotion et d’anthologie tant l’avion a tangué et c’est fait chahuté dans les cieux avant de se poser. Des sensations fortes dignes des plus terrifiantes attractions de Dysneyworld !

De Dysney le festiventu est pourtant à des années lumière, fort heureusement d’ailleurs ! Créé il y a plus de vingt ans par Serge Orru [l’ancien directeur général du WWF France] son concept est à la fois original et simple : provoquer à Calvi durant l’arrière-saison touristique, des rencontres mêlant personnalités venues de tous les horizons (artistes, sportifs, humanitaires, écologistes, scientifiques, journalistes …) et des manifestations artistiques ayant pour thématique centrale, l’écologie.
Force est de constater que le coktail a fonctionné, ce qui est certainement la conséquence de la qualité de ses racines environnementales, durables et profondes comme à celle  de son terreau, la fertile terre de Balagne.

Un succés jamais démenti depuis, du à la qualité de l’organisation, bon enfant mais efficace, et à  l’engagement des 600 bénévoles qui animent la manifestation et font vibrer les 40.000 festivaliers qui s’y rendent chaque année. Il faut y ajouter également d’autres paramètres comme celui de la magie des lieux, des participants et des instants rares qu’une telle alchimie provoque … Une chanson en est né, « la ballade de chez Tao » d’Higelin …
De nombreux  artistes ou intellectuels français et étrangers s’y donnent rendez vous chaque année, histoire de partager quelques jours de cette ambiance particulière, attachante et unique. Si malheureusement le cru 2012, du fait des éléments déchainés, n’a pas eu le succès populaire habituel, la qualité a été fidèle à la tradition, avec la présence de deux invités vedettes : Yann Arthus-Bertrand et Pierre Rabhi. 

Revenons sur cette 21 eme édition et trois belles rencontres que j’ai eu le plaisir d’y faire …

François, Yann, Pierre et les autres, tous les autres …

 
 

 

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J’ai été invité à ce festival afin de participer à une table ronde qui avait pour thématique :  « L’ÉCO-CONSTRUCTION AU SERVICE DU LOGEMENT SOCIAL »

Sur la pénurie en logement, le constat de la Fondation Abbé Pierre est sans nuance. Une situation d’autant plus préoccupante qu’elle est liée au mal logement et à la précarité énergétique. Le rapport de la fondation se positionne également sur lce dernier point. La précarité énergétique existe dés que l’o, l’on consacre plus de 10% de ses revenus à l’énergie, une charge qu’il est important d’intégrer au coût du logement, tant la notion de cout global est essentielle notamment en situation de crise économique et sociale.

Autre réalité, l’évolution sociétale et le nombre croissant de familles monoparentales ou de ménages ne comportant plus qu’une seule personne (séparations, maintien des personnes âgées à domicile, etc.). Cette tendance indique que le parc de logements doit s’accroître d’autant, y compris pour maintenir uniquement le même nombre d’habitants (ce que l’on appelle le point mort).

Le débat a porté sur ce constat dramatique, grâce au représentant de la Fondation de l’Abbé Pierre mais aussi sur des pistes de solutions innovantes à y apporter, autour de deux expériences : celle du Chênelet (voir aprés), et celle du projet d’éco quartier de l’Ancre de lune, qui fait désormais parler de lui, y compris hors Ile de France.

Point commun à ces deux initiatives : permettre aux familles défavorisées d’accéder à des bâtiments performants afin qu’elles soient en capacité de réduire leurs charges et d’accéder à un réel confort en préservant la santé de leur famille. Un des arguments que j’ai développé a été repris par la presse «s’il faut respecter la loi SRU (qui impose aux villes de disposer de 20% de logements sociaux) il ne faut pas transiger sur la qualité du logement. Faire bien demande un minimum d’attention et de temps, cela coûte plus cher que faire médiocre si on prend en compte le coût immédiat, mais si l’on regarde à 30 ou 40 ans, c’est l’inverse.»

Cette table ronde a été également l’occasion de rencontrer un sacré bonhomme, le créateur et le fondateur du Chênelet, François Marty …

 

 François

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François se décrit comme un patron « écolo, catho, membre du Medef », je rajouterais un brin provoc, un mixt des plus improbable qui prend, grâce à la gouaille, l’humour et le sens de la répartie du bonhomme.

 Son parcours d’entrepreneur est pour le moins « atypique »; après une scolarité « difficile » dans la banlieue parisienne, il est accueilli à 17 ans par une communauté de moines trappistes. Ces derniers lui apprennent un métier, chauffeur routier, et le respect de valeurs clés qui le marqueront à jamais.
Il monte alors un atelier de construction de palettes et fonde avec l’évêque d’Arras,  une communauté près de Calais qui accueille les exclus de la vie (sortants de prison, réfugiés, jeunes au chômage …) le Chênelet qui deviendra par la suite, la première entreprise d’insertion de France.

Avec le soutien de la Millez’s connection et l’appui des patrons du groupe Auchan, il passe un MBA à HEC, passant ainsi de « bac-15 à bac+7 » et devient entrepreneur social. Un parcours et une réussite qu’il complétera en rejoignant le Secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoet dont il devient le chef de cabinet. A cette responsabilité, il a été un des principaux rédacteurs des textes de lois sur l’épargne solidaire et les société coopérative d’intérêt collectif. Depuis sa boite a fait son chemin et François assume totalement la contradiction apparente d’être un Vert encarté au Medef. Si l’activité de base du Chênelet reste la production de palettes en bois par un public en insertion, cette entreprise sociale construit désormais des logements sociaux éco-conçus et solidaires, une activité soutenue par les banques, fonds éthiques et grandes entreprises démarchés par François Marty. Originalité de la démarche initiée : réaliser des maisons en bois plus chères mais à très faibles charges (jusqu’à 50 % de dépenses en moins en eau et électricité).
Un projet qui a permis de relancer l’activité forestière de sa région et qu’il cherche désormais à développer un peu partout dans le pays grâce à la société foncière qu’il a créé. Soulignons qu’au Chênelet, le rapport entre les plus bas salaires et ceux des dirigeants n’est que de 2,5. 

« On construit à l’inverse de la logique low cost, pour donner du confort aux ménages les plus pauvres et leur éviter de tomber dans le piège du surendettement. Telle est notre vision de l’habitat humaniste … Sur soixante ans, la construction ne représente que 17 % du coût réel d’une habitation. Les 83 % restant sont des charges. Le vrai moyen de faire de l’habitat social c’est de baisser ces charges, de consommer moins d’énergie, donc d’être écolo.  » 

 

Yann

 

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Je ne vais certainement pas faire le portrait du photographe Yann Arthus-Bertrand, qu’on ne présente plus, tant le personnage est connu de tous.
Il poursuit sa quête d’absolu en survolant la planète et à partir de ses photographies aériennes qu’il nous fait partager, belles, esthétiques mais surtout pleines de sens, il nous amènent à réfléchir sur l’évolution du monde et le devenir de nos enfants. 

A Calvi il a présenté deux documentaires, « La soif du monde », et « océans », afin de faire un tour du monde et d’horizon des enjeux autour de l’eau: l’agriculture, la surpopulation, la pauvreté …
Son travail me rappelle le slogan historique de Paris Match : « le choc des photos, le poids des mots ». Dans le cas de Yann, il faudrait également préciser, des chiffres, tant les statistiques sur le triste état de la planète qu’il rappelle à chaque cliché prennent un nouveau relief et donne le tournis.

Au festiventu, il a voulu mettre en lumière l’action de sa fondation GoodPlanet, qui agit pour sensibiliser et éduquer le public à l’environnement. D’abord connue pour son programme « Action Carbone », destiné à réduire et compenser nos émissions de gaz à effet de serre, elle s’implique de plus en plus dans le domaine de l’éducation à l’environnement, en menant toute une série d’action dans les écoles mais également en animant des projets artistiques à vocation humanitaire.

Celui de « 7 billions others » ou plutôt de « 6 milliards d’Autres » est emblématique. Ce documentaire donne la parole à des milliers d’anonymes qui témoignent concrètement de l’état de la planète en décrivant avec des mots simples mais poignant,s le  bouleversement climatique en cours. La mise en image et en scène sobre, esthétique, simple et lumineuse, la qualité et le rythme de leur prise de parole, comme le choix des exemples qu’ils donnent pour donner du sens à leur intervention apporte un poids supplémentaire et une rélle authenticité aux mots prononcés dans leur langue d’origine.

 

Pierre

 

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La venue de Pierre Rabhi au Festival du vent était attendue comme un véritable événement, d’autant que Serge Orru, créateur du Festival du vent, lui a dédié son dernier ouvrage « Pierre Rabhi le fertile ». Ce petit homme de 74 ans et de «52 kilos tout mouillé.» a été réellement l’invité vedette du festival, tant la ferveur était au rendez vous. Gourou ou passeur, le doute était permis devant l’attitude de certains auditeurs pas très loin de l’état extatique voire même de l’apesanteur.

Il a disser – té sur la place de l’humain dans une socié-té dominée par les mots en «-té»? :  productivi-té, rentabili-té, comptabili-té, à opposer à «amabili-té, humani-té, fraterni-té». 

Pierre Rabhi  a marqué le mouvement écologique, avec un parcours de vie également singulier. Fils d’un forgeron du sud algérien, confié à l’âge de 5 ans après le décès de sa mère, à un couple d’Européens qui lui inculquent une éducation française dans le respect de sa culture d’origine, il arrive dans notre pays, travaille comme OS à Paris dans une chaîne de montage, rencontre sa femme et décide de bouger, de casser le moule et de … transgresser …  

«Soit on accepte d’être dans un moule, et on ne bouge pas, soit on est dans la transgression, je persiste à dire qu’il ne peut pas y avoir de changement de société sans changement humain.».

Il quitte la capitale et s’installe en Ardèche comme ouvrier agricole. Il récuse la logique productiviste appliquée à l’agriculture et s’imprègne d’une autre agriculture, plus  biologique et écologique. Après trois ans de pratique, il devient paysan et se lance dans l’élevage caprin en appliquant avec succès ces nouvelles méthodes dans la petite ferme qu’il a acquis avec sa femme.

Il cultive sa terre d’adoption ardéchoise, aride et rocailleuse en refusant par conviction l’utilisation de produit phytosanitaire ou d’engrais, et réussit à créer de la fertilité, grâce à une agriculture biodynamique fondée sur les cycles naturels.
Ses résultats le conduisent vers l’enseignement afin de diffuser et partager sa pratique. Il devient chargé de formation à l’agro-écologie du CEFRA (Centre d’études et de formation rurales appliquées) puis transmet son expérience dans divers programmes en France, Europe et Afrique, notamment au Burkina Faso.
Appuyé par Thomas Sankara, Président à l’époque de ce pays , il pilote le 1er programme d’agroécologie, alternative et véritable planche de salut pour les paysans locaux face à la sècheresse et au prix des produits phyto sanitaires (engrais et pesticides); depuis 100 000 agriculteurs de ce pays pratiquent l’agroécologie.

Il est reconnu comme un expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Ce philosophe paysan est le créateur du «mouvement du colibri». 

Selon une légende amérindienne, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Devenu au fil des ans, un auteur reconnu, le paysan philosophe appelle de sa voix douce et menue à « l’insurrection des consciences ». Il s’est également lancé en 2002, dans la campagne des Présidentielles …

Parcours atypique avions nous écrit …

 

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Parrainage républicain, 6 ans après, enfin …

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Nous avons fêté ce samedi avec beaucoup de joie mais aussi d’émotion, la régularisation de la famille B. pour laquelle j’avais écrit un billet en 2006 … A sa relecture, je me souviens et m’indigne encore plus  …

Je me souviens, c’était un lundi d’octobre 2006, le 23 plus exactement; ce soir là, nous avions avec le Bureau Municipal et des élus de toutes sensibilités, « franchit le Rubicon » selon la Préfecture d’alors, en célébrant tout simplement, et en conscience, un « Parrainage Républicain » pour une famille de Trilportais tout à fait intégrée, menacée, du jour au lendemain, d’expulsion.

L’élu que je suis est plutôt connu pour faire avancer ses dossiers sans exposition médiatique superflue et excessive, notamment et surtout quand ils concernent des personnes, c’est dire qu’avant cette cérémonie, des démarches nous en avons fait, cependant force est de constater que lorsque il n’y a plus d’issue ou de marge de négociation possible, les médias peuvent être un outil efficace, souvent ultime et désespérée !

Outil peut être, mais surtout pas une fin. Il est quelquefois facile d’endosser de manière éphémère l’habit du super héros en surfant sur la détresse humaine ou l’indignation légitime et immédiate, puis lorsque les feux de l’actualité sont passés, laisser faire, oublier d’agir ou de réparer les dégâts causés … Certains s’en sont fait une spécialité, presqu’un fonds de commerce …

Mais peut on laisser commettre en France, la patrie des droits de l’homme et contre tous les principes que nous ont inculqué notre famille et notre éducation, une injustice manifeste ?

Est il concevable qu’en France aujourd’hui, deux familles aux liens de parenté évidents (les épouses sont sœurs), arrivés le même jour dans notre pays, dans le même avion de surcroit, sont pour l’une, régularisée puis naturalisée car vivant dans un département voisin, pour l’autre menacée d’expulsion pour la simple raison qu’elle a le malheur d’habiter en Seine et Marne ?

D’autant que cette famille, absolument sans histoires, loue son logement, paye charges et impôts; le père détenteur d’une carte vitale, cotise à une mutuelle complémentaire, son employeur lui propose même un CDI; la  fille de 11 ans scolarisée depuis son arrivée en France en janvier 2003 est bien intégrée, fréquente diverses associations locales et son frère, âgé de 2 ans et demi, né en France, est inscrit en classe maternelle. C’est dire son intégration !

Comment expliquer une telle différence de traitement dans notre république, selon la lecture et l’interprétation qu’un haut fonctionnaire fait d’une même circulaire ?

Qu’en penser ?

 

 

 

 

Je veux oublier le Préfet d’alors, trop connu par ici pour ses décisions iniques, dont la lecture pour le moins partisane de la circulaire Sarkozy a plongé tant de familles dans l’embarras et trop souvent malheureusement, dans la marginalité,
je veux encore moins évoquer l’éphémère médiateur nommé par Nicolas Sarkozy, Arnaud Klarsfeld, plus connu dans les salons parisiens et les soirées de la jet set qu’auprès des gens nécessiteux et dont la nomination a été un vrai scandale.

A contrario je tiens à mettre en lumière

  • la volonté inlassable d’un citoyen anonyme, qui un jour s’est indigné du sort réservé à une famille de voisins, devenue depuis amie, s’est levé et a réagit, m’a rencontré en me demandant comme à tant d’autres élus d’intervenir. Il n’était pas animé par ses convictions politiques mais par un simple sentiment d’humanité, en faisant tout simplement ce qui lui semblait juste,
  • la présence continue des réseaux de solidarité comme Réseau Education Sans Frontière, qui ont relayé l’action engagée et n’ont jamais ménagé leurs efforts, sur ce dossier comme dans tant d’autres,
  • l’action désintéressée et au combien efficace de Nicole Bricq, Sénatrice de Seine et Marne alors, qui n’a pas compté sa peine et m’a prodigué tant de bons conseils, et a suivi le dossier jusqu’à ce que la régularisation administrative arrive. Faut il souligner tant ce détail est lourd de sens, qu’elle est arrivée trois jours aprés le second tour de législatives (!!!)

L’élu que je suis, n’a fait que son job, avec peut être dans cette affaire, comme dans beaucoup d’autres que nous suivons avec Danielle ma première adjointe aux solidarités, l’humanité indispensable qui permet encore de s’indigner, réagir puis agir lorsqu’une injustice manifeste se déroule devant nos yeux.

Depuis 2006, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Marne. La famille B. a payé plus que raison les conséquences d’une décision administrative sans fondement au regard de ce que doit être la République. Il ne peut y avoir en France deux vérités, selon que l’on vive dans un département ou dans un autre lorsque l’on aborde les questions de citoyenneté … Que penser d’une circulaire floue, imprécise et à géométrie variable, qui fait que lorsque l’on l’on réside en Seine et Marne ou dans le Val de Marne, on naturalise l’un et exclue l’autre.

Beaucoup trop de choses ont été cassées, brisées et ne seront jamais réparées. Faut il décrire le quotidien d’une famille qui du jour au lendemain, du fait d’un fonctionnaire pour le moins tatillon, partisan et sans esprit d’écoute, a basculé dans l’illégalité.
Durant six années, 2 190 jours et 2190 nuits, chacun d’entre eux a vécu la peur au ventre … Le boulot que l’on perd, l’indignité qui colle à la peau, et l’angoisse omniprésente, continue … la crainte du contrôle de trop, de la police, de l’administration, de l’autre … l’adolescence brisée, les conditions de vie dégradantes, le système D pour subsister, le logement indigne, les perspectives de jours meilleur effacées …

Beau gachis tout de même, non ?

 

 Je me souviens, c’était hier, en  octobre 2006 …  Aujourd’hui est un autre jour, fort heureusement, il est temps désormais de penser au présent et même de se projeter à demain  …

Il m’a semblé important, en ce jour joyeux, de rappeler certains faits, pas forcément glorieux, qui nous replongent dans un passé douloureux, celui de notre pays, ou quelquefois, plus intimement celui de nos familles …

Il y a 70 ans deux familles parmi tant d’autres, sont arrivées en terre de France, après avoir traversé les Pyrénées à pied, en ayant tout laissé derrière elles : maisons, souvenirs, cousins et cousines, passé, afin de fuir une dictature sanglante soutenue par les nazies. Marino, Miguel, Salvadora, Alba, Balbina, Nouria, Joaquim et bien d’autres ont été accueillis par ce magnifique pays et ses habitants.

L’école républicaine a appris à leurs enfants une nouvelle langue, avec des accents et une prononciation différentes qu’ils vivent à Nimes dans le Gard, ou à Villeneuve la Guyard dans l’Yonne, leur a transmis jour aprés jour, ce véritable trésor qu’est la citoyenneté, équilibre curieux, précieux et fragile entre droits et devoirs. Avec ce terreau mes parents se sont construits peu à peu de nouvelles racines, et m’ont légué trois principes  :

– avoir confiance dans la démocratie, la loi, la justice et l’Etat,

– respecter les valeurs fondamentales et essentielles qui ont fait notre république depuis 1789 : Liberté, Egalite et Fraternité mais aussi laïcité

– aimer cette terre d’accueil, de cultures (avec un s) et d’histoire qu’est la France.

Ils auraient pu venir d’Italie, du Portugal, de Pologne, de Hongrie, du Chili, du maghreb, d’Europe de l’Est ou de l’Afrique Noire … Qu’importe …

Le souhait que j’exprime afin que soit tourné cette page une bonne fois pour toute, est que la famille B. accède à cette nationalité qu’elle mérite tant.
Car leur pays aujourd’hui et demain,  quoiqu’en pense certains esprits chagrins ou quelques hauts fonctionnaires, c’est surtout, et plus que tout, cette terre que nous aimons tant, et qui nous réunit aujourd’hui, la France.

 

Télécentre, le monde du réel est proche


visuelTL-300x234.jpgJ’ai participé début novembre à une conférence organisée par la Région Ile-de-France et son agence numérique « la Fonderie » consacrée aux Mutations du travail. L’émergence 
du travail à distance et la multiplication de «tiers lieux » (télécentres, smartcenter, espaces de co working …) sont autant de marqueurs de la révolution culturelle, sociale et économique qui bouleverse notre société.

Une thématique déjà abordée dans deux notes précédentes (Les télétravailleurs rèvent ils de télécentres « ubiques », Les télécentres émergent de l’horizon), tant ce sujet s’impose peu à peu dans notre vie quotidienne et dans celle de l’attractivité des territoires.

Le schéma traditionnel qui depuis la révolution industrielle régissait les relations professionnelles, que ce soit dans l’entreprise ou l’administration, basé sur le principe d’unité de temps et de lieu a vécu.
Il suffit pour s’en convaincre d’observer les usagers des transports en commun qui penchés sur leur Smartphone ou leurs tablettes dialoguent et surfent en s’affranchissant allègrement de toutes limites spatiales ou temporelles. Le temps de l’ubiquité numérique est arrivé.

Le développement du travail à distance est un enjeu global qui participe à l’aménagement d’un territoire plus durable, contribue à diminuer les émissions de gaz à effets de serre, donne la capacité aux salariés de travailler hors les murs de leur entreprise, ce qui, sous certaines conditions, permet de mieux concilier vie privée et professionnelle, de réduire le  stress et le temps perdu dans les transports et de mener plusieurs activités y compris familiales.
C’est aussi là que le bât blesse quelquefois, car dans ce cas comment séparer vie privée ou professionnelle ?

L’écart domicile-travail s’accroît. En 1950 la distance quotidienne parcouru par un français était de 5 kilomètre, elle est de 45 km aujourd’hui ! Et que dire des temps de transport, les franciliens y passent en moyenne plus d’une heure (deux fois plus qu’en province).Selon Bruno Marzloff , du Groupe Chronos, les enjeux des mutations du travail pour un territoire comme l’île de France représentent un gain de temps quotidiens dans les transports domicile / travail de 17 minutes en province et 34 minutes en Île de France.

L’employeur s’y retrouve aussi : organisation plus souple, flexibilité accrue, charge locative moins élevée, baisse de l’absentéisme, gain de productivité…
Cette mutation nécessite cependant un préalable : redéfinir les relations hiérarchiques et sociales dans l’entreprise. Le salarié n’est plus jugé sur son présentéisme mais sur des objectifs de travail ; l’encadrement, doit intégrer cette nouvelle donne, définir de nouvelles méthodes de gouvernance ou de médiation et surtout y être formé. . .

Pour Bruno Marzloff il est important d’évaluer les enjeux des externalités positives du travail à distance (réduction des risques psycho-sociaux, augmentation de la productivité…) et de les confronter aux problématiques de gestion « rationnelle » des organisations.
Les nouvelles méthodes de management à mettre en place doivent tenir compte également de la déspatialisation et des risques d’isolement des salariés. 
L’apparition de « tiers lieux » apparait comme une piste pertinente permettant de préserver l’intimité (le domicile n’est pas assimilé au lieu de travail), le lien social, de mutualiser les ressources, favorise créativité, synergie, innovation et intelligence collective (« fertilisation croisée »).

Aujourd’hui une trentaine de ces espaces collaboratifs existent en Île-de-France, pour l’essentiel situés à Paris. Ouverte en 2008 à Paris 2e, La Cantine a été la première à montrer la voie.

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Carte postale de Berlin (2/2) : de la commune

Berlin_1.jpgAprès avoir décrit l’organisation territoriale allemande de manière globale, (cf note précédente), je vous propose d’analyser la collectivité de base du système, la commune, quoi de plus normal pour le Maire que je suis  !

Remarque préalable, les situations divergent considérablement d’un land à l’autre ; entre ceux du nord marqués par la tradition prussienne privilégiant l’autonomie communale, et ceux du sud (Bavière, Bade-Wurtemberg…) plus centralisateurs, bien des nuances existent. La loi fondamentale permet à chaque land de déterminer son système d’administration territoriale.
Cependant les collectivités sont sous la tutelle des länder, qui décident des compétences attribuées aux communes et aux districts (ou « Kreise »), l’équivalent de nos départements, qui ont en charge les routes, l’aménagement du territoire, l’action sociale, la jeunesse, les hôpitaux, l’enseignement secondaire, les ordures ménagères … Ce sont les länder, qui attribuent les dotations financières ou valident les budgets.
Obligation, les budgets des collectivités doivent être équilibré en fonctionnement et l’emprunt n’est autorisé que pour investir ou alimenter sa trésorerie, mais contrairement à la France ou ce principe est respecté, outre Rhin il est surtout théorique, les communes utilisant leurs crédits de trésorerie, à court terme, comme des emprunts à moyen et long terme, les länder ayant « laisser-faire » ce dérapage. Conséquence, l’endettement atteint désormais un seuil critique  (130 milliards d’euros de dette), une situation paradoxale, vu la santé de l’économie du pays et le dogmatisme budgétaire pour le moins «intransigeant» dont fait preuve la Chancelière.

Les collectivités allemandes sont à des années lumière de la règle d’or, pourtant respectée avec application par les communes françaises. En Nord Westphalie, seules 10% des communes ont un budget équilibré en 2011. Une étude du cabinet d’audit Ernst & Young publiée ces derniers jours noircit ce tableau déjà sombre. Une commune allemande sur deux estime que son endettement va se creuser dans les trois prochaines années, et une sur trois qu’elle ne sera pas en capacité de rembourser ses emprunts.

Un surendettement qui constitue une bombe à retardement, tant une brusque augmentation des taux ou une baisse de la croissance du pays peut avoir de graves conséquences. D’autres clignotants sont également au rouge dont celui de la croissance démographique, en berne. Menace très sérieuse pour les prochaines décennies, à laquelle il faut ajouter la hausse continue des dépenses sociales et les besoins d’entretenir et de développer les infrastructure du pays. Devant la gravité de la situation, l’Etat a lancé un « Agenda 2020 » en explorant diverses pistes de réforme (fiscalité, répartition des compétences).

Les données quantitatives  2011 de cette note sont issues principalement de l’intervention de Roland Schaffer, Maire de la ville de Bergkamen, et Président de l’Association des villes et municipalités allemands « petites et moyennes communes d’Allemagne » (« Deutscher Städte- und Gemeindebund ») devant notre délégation. Il était déjà intervenu à Castelnaudary en septembre dernier lors des assises des Petites Villes de France.
Son organisation est une des trois associations de collectivités du pays avec celle des « grandes villes » (« Deutsche Städtetag ») et des « départements » (« Deutscher Landkreistag »).

Il s’est exprimé dans un français remarquable. Pour l’anecdote, il décrit sa relation avec notre langue, passionnée, comme celle avec sa femme «  je l’aime mais ne la maitrise pas … », ce qui est excessif, vu la qualité de son intervention …

Attention cette note est du genre … dense et longue, mais le sujet s’y prête !

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Pourquoi commémorer le 11 novembre ?

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Ce 11 novembre, dans toutes les villes de France, des commémorations se sont déroulées, non seulement pour célébrer le 94e anniversaire de l’Armistice de Novembre 1918 institué « Journée de la victoire et de la paix » depuis 1920, mais également tous les « Morts pour la France ».

Concernant la victoire de 1918, rappelons simplement que Roland Dorgeles, dans le magnifique roman qu’il a écrit, « Les croix de bois » inspiré de son expérience personnelle dans les tranchées qui l’a marqué à vif et à vie, fait dire à son personnage principal :

« J’trouve que c’est une victoire, parce que j’en suis sorti vivant…. »

Ce témoignage poignant relativise toute la portée d’une telle victoire … Et la réhabilitation du soldat Champelant fusillé sur son brancard pour « capitulation en rase campagne » arrive à point nommé pour nous rappeler les conditions de cette « victoire » et les décisions discutables d’un l’Etat major pour qui la vie des soldats n’avait que peu de valeur.

La commémoration du 11 novembre est désormais dédiée à tous les « Morts pour la France », des poilus de 1914 / 1918, à tous les soldats disparus depuis, qu’ils soient tombés sur les sols algérien, indochinois, ou afghan et c’est bien ainsi …

 

Cette commémoration est utile pour se recueillir d’abord.

Le poids d’une vie humaine, ce n’est pas rien. Il est normal et légitime de rendre hommage aux noms qui ornent chaque monument aux morts de nos villes, et Trilport n’a pas été épargné. Derrière chaque nom, il y a un jeune anonyme parti un beau matin, quelquefois la fleur au fusil, afin de défendre ce pays qu’il chérissait tant, et qui n’est jamais revenu, ni n’a revu les bords de Marne, le clocher de l’église ou simplement sa famille et les personnes aimées.

 

Cette commémoration est utile pour se souvenir ensuite,

Dix millions de morts, ce n’est pas rien … La grande guerre est avant tout un abominable et invraisemblable gâchis de militaires mais aussi de civils … Tombés pour quoi, pour qui ? Un soldat mort, n’a plus d’uniforme, il a rejoint un monde sans frontière ni avenir, celui des ombres qui errent à n’en plus finir …

 

Cette commémoration est utile enfin et surtout pour transmettre,

aux jeunes générations toute la valeur de la paix et de l’amitié entre les pays et les peuples et ce n’est pas rien. La paix n’est pas un cadeau du ciel mais une responsabilité partagée et un instant de grâce fragile qu’il faut savoir apprécier, mais aussi protéger c’est quelquefois un paradoxe.

Etre citoyen c ‘est cela aussi. Savoir se recueillir, se souvenir afin d’agir au présent et transmettre aux générations futures. C’est pour cela qu’il est dommage et dommageable que les enseignants et éducateurs ne s’impliquent pas plus dans ces commémorations, vu leur évolution au fil des ans. On y parle désormais plus de paix que de guerre, plus d’amitié que de haine. Il y a des valeurs qu’il faut savoir contribuer à transmettre afin qu’elles constituent de véritables fondations pour l’émergence d’une nouvelle citoyenneté.

Un des poilus de 14, Jacques Meyer, lieutenant au 329 Régiment d’Infanterie,  l’a écrit avec des mots simples et forts à la fois  …

« La guerre, mon vieux, tu sais bien ce que c’était, mais quand nous serons morts, qui donc l’aura jamais su ? La guerre, mon vieux, c’est notre jeunesse ensevelie et secrète… »

Dédions ce 11 novembre  à tous ces jeunes qui auraient pu être nos grands parents et qui sont tombés, ici,  en Europe et partout dans le monde.