Trilport : Inauguration des travaux de la mairie

inauguration-mairie.jpgNous avons inauguré, en présence de Nicole Bricq, Ministre du Commerce Extérieur et de Nicole Klein, Préfète de Seine et Marne, les travaux de rénovation de la Maison commune et l’aménagement de sa place, baptisé pour l’occasion. Véritable évènement pour notre ville, les travaux inaugurés ce jour étant les plus importants qu’a connu la Maison Commune depuis sa réalisation.

Je veux souligner la grande disponibilité de Nicole Bricq, vu son agenda et les missions innombrables qui l’amènent au quatre coins de la planète … Elle revenait le matin même tout juste de Guyane et avait tenu à être parmi nous. C’est devant une belle assemblée composée d’élus municipaux et des villes voisines, de représentants des corps institutionnels et du monde associatif, des entreprises et artisans ayant travaillé sur ce chantier, que s’est déroulée cette manifestation conviviale.

Si nous avions prévu au départ de construire une nouvelle Mairie, et dans cette optique l’avions inclus dans les réalisations inscrites au Contrat Régional signé en 2006, la municipalité avait donné la priorité aux autres équipements lancés : centre de loisirs, école et gymnase. Au regard du résultat des appels d’offres et du montant de l’addition totale, il est apparu plus raisonnable de rénover les locaux existants de la Maison commune, d’autant que nous devions intervenir sur le bâtiment, le toit de la Mairie prenant l’eau lors des orages.

Présentation des aménagements inaugurés aujourd’hui …

 

 

inauguration-mairie6.jpg

 

 

Commençons par un léger voyage dans le temps …

C’est en 1880 que le Conseil Municipal d’alors décide d’édifier un bâtiment réunissant groupe scolaire et Mairie. La volonté des élus, comme celle de l’état est de s’affranchir de l’enseignement catholique en rassemblant les écoles dans des locaux municipaux, et surtout républicains et laics. Nous étions en pleine période des hussards noirs de la république chers à Charles Peguy et « l’instruction publique » constituait un enjeu de société crucial, creuset de citoyenneté et de laïcité s’il en est. Question qui reste toujours d’actualité aujourd’hui.

Depuis la ville a bien grandit, l’école devenant trop petite pour accueillir les élèves de la commune. Ce qui a conduit les élus à construire dans les années 1980 les deux autres groupes scolaires de la ville (Jacques-Prévert et la  Charmoye).

Dans le même temps les compétences des communes se sont étoffées après les lois de décentralisation et les nouvelles missions assignées aux communes multipliées, exigeant compétences, personnel qualifié et locaux d’accueil et de travail accueillants, rationnels et accessibles.

 

Cette rénovation a été mené sur trois tranches :

Une Première intervention concernant le toit : Rénovation totale de la toiture, aménagement des combles, isolation BBC, Trilport a innové en étant la 1er collectivité du département à utiliser du chanvre produit en Seine et Marne. Bilan de ces travaux, qui ont bénéficié je le rappelle d’une subvention de l’Etat et d’une dotation parlementaire obtenue par la Sénatrice de Seine et Marne Nicole Bricq : une toiture refaite à neuf, un bâtiment isolé, plus de 150 mètres carrés de nouveaux bureaux et de salle de réunion. Excellent rapport qualité / prix s’il en est, de plus la mairie ne prend plus l’eau !

La seconde tranche inaugurée aujourd’hui est relative à la rénovation totale du rez de chaussée afin de rendre les services plus accessibles : accueil, aménagement du service jeunesse et de la salle des mariages. Ces aménagements constituent une réponse concrète aux attentes et aux demandes des habitants recueillies lors de l’enquête et des questionnaires diffusés en 2011.C’est une nouvelle conception de l’accueil qui est proposée, les services municipaux doivent être le plus possible, en capacité, dans un cadre agréable et convival, d’apporter des réponses efficientes aux habitants, et d’être également réactifs grâce au développement des téléservices, du télé paiement via le site internet de la commune.

La Troisième, inaugurée également ce jour, correspond à l’aménagement du parvis, transformé en petite place. Il répond à plusieurs objectifs : créer un espace forum et piétonnier favorisant les échanges entre habitants, permettre l’organisation d’animation en Centre Ville, aménager un parking sécurisé dont certaines places seront proposées aux commerçants et développer une offre de stationnement vélos au Centre ville, à proximité des commerces.

 

inauguration-mairie2.jpgLes aménagements successifs initiés ont été l’occasion de mener une véritable introspection dans l’histoire de la commune et de son patrimoine …
Avec le coté obscur de la force, qu’il faut rappeler, des tonnes d’archives à soulever, dépoussiérer, trier et déplacer qui nous ont permis également de faire de belles découvertes …

Il faut remercier les entreprises et artisans locaux qui ont participé à ces chantiers, en y apportant compétence, esprit d’initiative, touche de créativité … Ils ont un vrai savoir faire, que nous nous devons de soutenir.

C’est dire l’importance de l’action des collectivités lorsqu’elles investissent, notamment dans des périodes «compliquées »
Il est  vital que nos communes gardent capacité d’action et marges de manœuvre pour contribuer à préserver dans nos territoires, l’économique et le lien social.

Il faut souligner également l’implication active de tous les services. Cette rénovation a été partagée, et portée par les agents municipaux qui dans le même temps ont fait également évoluer leur savoir faire et leur pratique professionnelle  …

Une belle émulation générale et un retour à des racines républicaines rafraichissant …

14 juillet 2013, le sens d’un hymne

 

14-juillet-2013.jpg

La cérémonie du 14 juillet est une célébration particulière, à l’ambiance un peu estivale, car annonciatrice de vacances attendues proches, d’autant pls que l’année a été difficile et quasi interminable.
Nous avons le plaisir d’accueillir lors de cette manifestation, qu’il y est un soleil éclatant comme en ce 14 juillet, qu’il vente, neige ou pleuve, générallement plutot en novembre ou mai, les musiciens de l’Harmonie du Pays de Meaux. Présence fidèle, qui fait de ces moments solennels, de vrais instants de recueillement et d’émotion, notamment au moment des hymnes. Témoingange rassurant du dynamisme de cette structure, la présence de nombreux jeunes musiciens pour qui ces moments sont d’autant plus importants qu’ils constituent une première.

Cette commémoration née avec la République témoigne de notre attachement commun à ses valeurs citoyennes, qui au fil du temps et de l’histoire ont forgé ce pays et semé bien au delà de ses frontières, des petites graines de France, patrie des lumières et des droits de l’homme, qui depuis, avec des fortunes diverses fleurissent un peu partout sur la planète.
Un pays ce n’est pas qu’une économie, un marché ou une géographie, c’est également une histoire, une culture et des valeurs qui transcendent. La France est également symbolisée par des signes extérieurs : les trois couleurs de son drapeau tricolore, nos valeurs républicaines et un hymne national, la Marseillaise, dont un couplet est remis en cause de manière un peu malheureuse me semble t’il …

 

Pourquoi ?

 

Rappelons que l’hymne écrit par Rouget de L’Isle, qui depuis le 14 juillet 1795 symbolyse comme hymne national notre pays sur les champs de bataille et les terrains de sport de la planète, s’est appelé tout d’abord « Chant de marche des volontaires de l’armée du Rhin ». Il s’agit bien d’une marche militaire, entonnée par les Fédérés marseillais lors de leur entrée aux Tuileries, puis adoptée grâce à leur énergie communicative par les parisiens qui lui donnent alors son nom définitif de « Marseillaise ».  Ce chant est avant tout un appel à la mobilisation générale contre l’invasion, la France révolutionnaire attaquée de toute part luttant alors pour sa survie face aux armées étrangères voulant restaurer l’Ancien Régime.
Un contexte historique qui explique le sens contreversé du fameux couplet : « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». La société d’avant la Révolution était divisée en trois état et hiérarchisée selon l’origine familiale, un noble était supérieur alors à un paysan du fait de son sang, ce que l’on a appelé « la noblesse de sang ».
Quand sur les champs de bataille, les sans culottes français, paysans pour la plupart, entonnaient en choeur « qu’un sang impur abreuve nos sillons », ils évoquaient certainement, le leur, revendiquant ce «sang impur» et rouge qui coulait dans leur veine par opposition au sang pur et bleu de la noblesse portant « culottes et bas de soie ». Ils faisaient référence au sacrifice suprême consenti pour sauveralors  la patrie en danger. Nous avons depuis tous dans nos veines un sang impur … Les notions de pureté de race n’apparaissant que bien plus tard avec le délire nazie et donnant effectivement à ce couplet un autre sens.

 Célébrer le 14 juillet c’est aussi se souvenir de cette naissance tumultueuse de la République et de ses valeurs. C’est bien la France de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité qui est à l’honneur en ce jour.Chacun à notre place, nous faisons vivre  les valeurs républicaines qui constituent le socle de notre communauté depuis 1789. Elles sont non seulement :

– l’héritage citoyen précieux transmis par nos ainés,

– le ciment qui tisse nos vies et forge la cohésion nationale,

– mais également le meilleur garant d’un avenir plus souriant et surtout plus clément …

Encore faut il retrouver, ensemble, l’énergie et la force qui ont animé les sans culottes d’alors, affamés de pain, de justice et d’espoir en un monde meilleur, pour renouer avec le fil de l’idéal républicain et construire, ensemble sans exclusive ou exclusion, les nouvelles perspectives que notre pays attend et mérite et qu’il porte en lui …

 

A Jeannot

a-jeannot.jpgLa vie d’un élu est ainsi faite, qu’il croise chaque jour beaucoup de personnes sur sa route. Cependant, lorsqu’il a grandit dans sa ville, certaines de ces rencontres humaines font également partie de ses souvenirs intimes et prennent alors plus d’importance, car liés à son enfance.
C’est le tamis de la vie, aussi lorsque ces personnes nous quittent, souvent avec élégance, sur la pointe des pieds, c’est un peu notre histoire qui se fait la malle …

Jeannot, à l’image de tant d’autres visages, a été un de ses acteurs, qui de par leur passion pour cette ville, leur énergie contagieuse, leur sens du dévouement et de la relation humaine ont tant apporté à notre commune, et fait que vivre ici, est une aventure singulière par bien des aspects.

Il était construit de bois brut, quelquefois même, un peu abrupt, ce qui donnait lieu à des discussions animées mais toujours respectueuses et passionnées.
Mais plus que tout, ce bénévole, Président associatif actif,  était attaché viscéralement à la fête populaire, dans tout ce qu’à de remarquable et noble ce si beau mot …

 

 

Comment ne pas évoquer toutes ces générations d’enfants, d’hier ou d’avant hier, qui avec tant de plaisir et de joie ont défilé au son des fanfares dans les rues de la ville, que ce soit sur des chars fleuris un dimanche après midi ou à la lumière des lampions un samedi soir, avant ensuite de s’éclater à la fête foraine ?
Bonheurs simples, certainement quelque peu désuets pour certains, mais constitutifs de valeurs communes et de moments heureux partagés …
Le plus drôle de l’affaire, est qu’ils le font de nouveau aujourd’hui, certes avec quelques années de plus, en tant que parents ou papy et mamy, en se remémorant souvenirs et émotions d’antan avant de les  évoquer à leurs enfants et petits enfants.
Comment ne pas évoquer également les éclats des feux d’artifice du bord de Marne, signal intangible marquant l’arrivée de l’été et des vacances toutes proches, appréciés de tant de spectateurs réunis et respirant à l’unisson au rythme des fusées multicolores.

Saluons la sueur des bénévoles grâce à qui ces instants de bonheur, fugaces, éphémères, trop rares certainement, mais au combien importants ont été et sont possibles. Il est salutaire pour éclairer, au propre comme au figuré, des vies quotidiennes quelquefois difficiles que chacun puisse oublier ne serait ce que l’espace d’un instant, les idées noires, mauvaises nouvelles, drames familiaux ou petits pépins de vie courante pour passer simplement mais réellement un bon moment !

C’est pour rendre hommage à la valeur de cet engagement peu commun, pompier volontaire, commerçant, élu, responsable associatif, et l’implication concrète et durable De jean Loiseau dans l’art si délicat de la fête populaire que nous l’avions désigné Citoyen d’Honneur en janvier dernier, au moment de la célébration des voeux …

Ce n’était à nos yeux que lui rendre justice. Une communauté se grandit  lorsqu’elle sait remercier et reconnaître la valeur et l’importance d’un engagement personnel ou collectif au service des autres, de la ville …
La richesse de Trilport, outre son patrimoine naturel exceptionnel, ce sont surtout les femmes et les hommes qui y vivent et privilégient avant tout la relation à l’autre et le respect de cette ville si attachante.

Non seulement ils habitent cette commune mais sont aussi habitée par elle.

 

Petites villes : Vous avez dit égalité des territoires ?

apvf.jpgLe calendrier a parfois de ces coïncidences, un vrai signe du destin ! Alors que les 16 eme Assises des Petites villes de France (APVF) se déroulaient à Saint Rémy de Provence avec pour thèmatique « les fractures territoriales », les Sénateurs débutaient l’examen du 1er volet des lois sur la décentralisation, relatif à la métropolisation des grandes agglomérations (Paris, Lyon, Marseille ou PLM).
Sujet explosif à Saint Remy, la très grande majorité des Maires des Bouches du Rhône concernées par la création de la métropole Marseille-Aix (109 sur 119), toutes couleurs politiques confondues s’opposant àla création de cette métropole. Deux motifs principaux à l’origine de cette fronde : la situation financière délicate de Marseille et les conditions de gouvernance proposées, dont la plupart se retrouvent exclus. Une métropole « ne se décrète pas, elle ne peut qu’être le fruit d’un consensus », a rappelé Hervé Chérubini, Maire de Saint Rémy lors de son mot d’accueil. Cependant la messe n’est pas encore dite, loin s’en faut, et bien des péripéties sont à venir, que ce soit au Sénat ou à l’Assemblée, avant le vote définitif des textes.

Invités d’honneur des assisses 2013 : Claude Bartolone, Président de l’Assemblée nationale et Cécile Duflot, Ministre de l’Égalité des territoires et du Logement dont le discours était attendu vu l’actualité de ses projets. Les lois sur l’organisation territoriale ne passionneront pas nos concitoyens qui ont bien d’autres priorités en tête, mais elles  transformeront profondément et durablement le paysage institutionnel et le quotidien de chacun.

Beaucoup d’élus sont fidèles au rendez vous annuel propoé par l’APVF car ces deux jours d’assises se révèlent trés utiles, chacun peut  :

  • aborder des sujets « pratico pratiques » : échanges, retours d’expérience, recherches de solution … Les ateliers sur les conséquences de la baisse des dotations, la transition énergétique ou la mise en place des rythmes scolaires ont été trés appréciés cette année,
  • prendre un peu de hauteur, grâce aux débats de fond proposés apportant des clés de lecture utiles sur les évolutions en cours,
  • peser dans les débats institutionnels, afin de faire entendre la voix particulière des petites villes qui n’ont pas la puissance d’autres « lobbys » plus puissants,

Le sujet présent dans tous débats et conversations a bien été celui de la réforme territoriale. Chacun aujourd’hui mesure qu’il vaut mieux vaut réformer un système lorsque tout va bien, à froid, en ayant le temps de bien faire les choses et d’accompagner le mouvement, qu’accomplir cette même réforme à chaud, dans l’urgence de la crise comme aujourd’hui !
La crise budgétaire actuelle fait que tous les robinets se ferment au même moment face à des citoyens de plus en plus en difficulté et désemparé toujours plus.

Un autre paramètre perturbe cette réforme déjà délicate à mener : le manque de consensus et d’unité des divers représentants d’associations de collectivités; le bal des égos est ouvert : Régions, département, Agglomérations, grandes villes … Si officiellement personne ne veut du statut co, chacun veut sortir de cette séquence difficile renforcé, c’est à qui mangera l’autre ! Je souhaite bien du plaisir à Marylise Lebranchu, Ministre en charge de cette réforme qui ne méritait certainement pas un tel sort et ces  réactions « corporate » voir corporatistes.

Voici quelques impressions personnelles, pêle mêle, sur deux journées riches en enseignements et en interrogations concernant le devenir de nos collectivités !

 

 

photo-duflot-web.jpg

Cécile Duflot aprés son discours

 

Chacun s’accorde à dire qu’il faut clarifier, moderniser l’organisation territoriale, mais campe sur ses positions, une posture impossible à tenir dans le temps. Vu le blocage actuel, la théorie de l’évolution, chère à Darwin va certainement  trouver ici un nouveau champ d’expérimentation :

« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. »

Certaines tendances se dessinent cependant peu à peu …

Lister de Paris capitale, un mode d’organisation standard s’imposant à tous et partout, n’apparait plus adapté à la France de 2013, qui n’est plus ce monolithe jacobin issu des réformes de Napoléon 1er. La dimension  « locale » prend enfin toute sa valeur et doit absolument désormais être prise en compte. Il faut intégrer les éléments de contextualisation.
Une certitude cependant s’impose à tous  : nos territoires devront s’adapter aux mutations en cours ou disparaître, tant le nouveau monde qui émerge est différent … La résilience devient comme une assurance vie face aux aléas multiples d’aujourd’hui et encore plus de demain : climat, réchauffement planétaire, mondialisation, révolution d’Internet … Les politiques publiques qu’elles soient nationales ou locales, pour être mis en œuvre efficacement doivent se nourrir de ce mouvement et surtout rester dans le tempo.
Ne reste plus qu’à dessiner et mettre en place une nouvelle organisation, qui tienne compte justement des particularités de chaque territoire : forces, faiblesses, contraintes, potentialités … Encore faut il renforcer le principe de solidarité afin que l’égalité des citoyens soit plus qu’un objectif lointain et flou, ou un slogan sans fond mais une réalité concrète et surtout partagée par tous !
Nous aurons le temps de revenir sur cette problématique, le parlement devant  débattre dans les prochains mois de trois textes de loi : une sur les métropoles (PLM), l’autre sur l’articulation département / région, l’autre sur le bloc communal et le dualisme intercommunalité / Communes d’une loi.
Lors de ces assistes, la présence de grands témoins, chercheurs ou élus (n’ayant plus de plan de carrière en tête, il en existe encore quelques rares spécimens) contribuent à faire bouger les lignes et permettent d’aborder dans les tables rondes proposées, des débats de fond sur des sujets de société importants pour notre vie quotidienne, avec des angles de vue souvent stimulants qui nous changent quelque peu de l’écume médiatique dominante (cf les duels télévisés TNTique de quelques happy few) ou des propos lénifiant que l’on entend trop souvent.
Le grand témoin 2013, Christophe Giully l’auteur de « Fractures françaises », nous a décrit un contexte territorial contrasté, j’y reviendrais dans un prochain billet tant la problématique soulevée révèle une fracture territoriale qui s’aggrave et concerne directement les villes du « péri urbain ».
Les petites villes se retrouvent en effet au cœur de la carte des fragilités et sont en première ligne pour agir et animer des réseaux de solidarité menacés aujourd’hui qui sont autant de digues face aux ravages de la crise. Pourtant, toutes les décisions institutionnelles ou budgétaires de ces dernières années gagent leur capacité d’action et pertrubent la dynamique territoriale portés par les élus, surtout dans le monde rural ou lorsque la commune n’est pas riche !
Reconnaître le fait métropolitain, une thématique trés à la mode aujourd’hui,  n’interdit pas pour autant de reconnaître le fait rural. Il ne s’agit pas de privilégier tel ou tel territoire, mais d’aborder de manière républicaine une problématique d’autant plus délicate que nous sommes en crise longue et dure. Il faut évoquer sans langue de bois, la difficulté de mettre en équation  l’égalité des citoyens de ce pays selon leur lieu d’habitation. Trop de collectivités, notamment rurales, ne disposent même plus du minimum pour fonctionner, elles accueillent pourtant et de plus en plus les populations les plus pauvres frappées des problèmes d’emplois, de mobilités ou encore de précarité énergétique, la Seine et Marne en Ile de France est trés représentative de ce dualisme.
Autant dire que si les baisses de dotation évoquées se font  automatiquement, à l’aveugle, sans tenir compte des ressources de chaque collectivité, elles constituent autant d’épées de Damocles pour les territoires.
Lors d’une table ronde, le représentant national des entreprises des Travaux Publics s’est publiquement inquiété des conséquences des baisses de dotations envisagées par le gouvernement, qui sont pouratn grandement dues à la réforme de la Taxe professionnelle (TP)  de Nicolas Sarkozy. Attention à la casse économique !
Rappelons que 72% de l’investissement public provient des collectivités, et que cet investissement est  majoritairement pourvoyeur en emploi local. Les collectivités ont déjà été considérablement ébranlées par la réforme de la TP, les transferts de charges non compensés, et dans ce contexte instable, la baisse des dotations risque d’avoir des répercussions sociales et économiques importantes.
L’APVF plaide pour un prélèvement « exceptionnel » (la sémantique est ici importante) et demande que les baisses soient modulés selon les difficultés et ressources de chaque ville, notamment des moins riches, et d’un lissage du repli des dotations sur un ou deux budgets de plus en privilégiant le volet investissement.
Le renforcement des métropoles, s’il est utile et nécessaire, ne peut constituer l’alpha et l’oméga d’un aménagement du territoire juste. Si notre pays a effectivement besoin de grandes villes fortes et puissantes comme moteurs de développement, il faut souligner que l’intelligence collective, l’innovation et les ressources naturelles ne sont pas exclusivement localisées dans ces périmètres. Des millions de personnes, de plus en plus en difficulté vivent dans l’espace péri urbain ou rural.
La future organisation territoriale proposée ne doit pas aspirer (« vampiriser ») toutes les ressources vers la seule ville centre mais irriguer tout le territoire … Notre objectif commun doit être de développer des territoires intelligents, plutôt que de se limiter aux seules villes intelligentes (entendre les métropoles ou les grandes villes) qui se doivent également de devenir désirable et surtout accessible à tous … A l’heure d’internet, la force du réseau neuronal que pourrait constituer notre future organisation territoriale n’est pas à sous estimer, elle est porteuse de développement partagé et de dynamique territoriale.
Cécile Duflot dans une intervention attendue a rappelé qu’elle était Ministre de l’égalité des territoires, ce qui n’est pas anecdotique et correspond à son engagement personnel et au sens de la thématique principale de ces assises.
« La France ce n’est pas simplement une histoire c’est aussi et surtout une géographie, qui constitue une de ses richesses. C’est bien l’égalité qui met en mouvement notre pays depuis la révolution : égalité des territoires, mais aussi et surtout égalité des citoyens sur leur territoire. »
La Ministre considère que les petites villes jouent un rôle essentiel d’impulsion et de structuration du territoire, bien que la tendance à la Metropolisation soit réelle. Les petites villes sont de fait des pivots de l’articulation entre urbain et rural et au cœur de la cohérence et de l’efficacité du pays. Mais pour qu’elles puissent porter une action publique locale, combattre les fractures territoriales et maintenir la cohésion sociale dans le pays, il faut leur donner des capacités de résilience face à la crise.
Lors de son intervention, Cécile Duflot a présenté ses priorités en termes de politiques publiques en faveur de l’égalité des territoires :
  • Le numérique avec le Plan Très haut débit, qui aura des effets de levier massifs sur la mise en capacité de tous les territoires et qui est intègre une logique de péréquation : dans les territoires les moins denses et les plus enclavés, le financement de l’État sera plus important que dans les villes denses. Cécile Duflot a insisté à juste titre sur la dimension des usages numériques :  » L’important c’est l’usage ». Des propos appréciés des élus des petites villes,
  • La mise en œuvre d’une planification urbaine pour « asseoir les projets de territoire ». Le projet de loi logement et urbanisme, qui sera présenté au Conseil des ministres d’ici l’été 2013, proposera des mesures, dont le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal, pour lequel la majorité des Maires de l’APVF sont plus que réservés, estimant qu’il est primordial de laisser les communes libres de choisir. Beaucoup d’entre eux, dont je suis, s’étonnent que le scenario de renforcer  le rôle prescipteur du Schma de Cohérence Territorial n’est pas été exploré en priorité.
Enfin la Ministre a conclu en occitan son propos avec une citation du local de l’étape, Frédéric Mistral :
 “plus les racines d’un arbre sont profondes, plus ses feuilles montent haut »
 
Encore faut il qu’il y est toujours des racines pour alimenter en sève des arbres qui soient présents sur tout le territoire …
 
L’Association des Petites Villes de France ou APVF
@petitesvilles
http://www.apvf.asso.fr
Cette association réunit 1 100 maires de villes peuplées de 2 500 à 25 000 habitants. Elle a pour objectif de porter la voix des petites villes, qui représentent près de 19 millions d’habitants, soit 30 % de la population française.

Déviation : l’aprés enquête publique

deviation-5.jpgJe remercie les signataires de la pétition initiée à l’occasion de l’enquête publique sur le Schéma Directeur Régional d’Ile de France (SDRIF) destinée à obtenir la réinscription de la déviation de Trilport. Nous avons réuni prés de 1500 signatures, un nombre significatif compte tenu de nos moyens limités et qui démontre l’importance de ce contournement pour nos concitoyens.
J’ai remis la pétition et la contribution au SDRIF élaborée par la ville de Trilport au Commissaire Enquêteur et au Vice Président de la Région, Alain Amedro, avec le soutien des conseillères régionales Brigitte Eude et Geneviève Wortham que je tiens à remercier.

Ma ligne de conduite n’a jamais varié : faire bouger les lignes et progresser concrètement sur ce dossier vu son enjeu pour notre territoire. Il est essentiel pour ce faire, de rassembler toutes les énergies et bonnes volontés, quelque soit la sensibilité politique des différents acteurs, plutôt que d’opposer les uns aux autres par un calcul politicien contreproductif à terme. L’objectif poursuivi est d’aboutir à la réalisation concrète de la déviation, ce qui nécessite vu le contexte budgétaire trés contraint de réunir un tour de table financier pluriel.

Ce Schéma Directeur est marqué incontestablement de l’empreinte du réseau du Grand Paris. Il délaisse quelque peu, à mes yeux, le volet transport relatif à la grande couronne, qui doit pourtant être abordé en dynamique, et non de manière statique, le statu co n’étant pas envisageable pour 2030. La Seine et Marne, chacun le reconnait, présente beaucoup d’atouts qui devraient lui permettre d’apporter une véritable valeur ajoutée à l’Ile de France. Encore lui faut il combler certaines fractures qui s’aggravent et peuvent perturber son développement, que ces fractures soient territoriale, numérique, sociale ou liées aux mobilités. Nos demandes portent justement sur cette dernière fracture et sont de deux ordres :

  • Electrifier la ligne ferrée Trilport / La Ferté Milon, avant 2024
  • Réintégrer le contournement de Meaux Est, dit « déviation de Trilport », absent de ce Schéma alors qu’il était retenu dans le projet régional de 2008

Pourquoi ?

C’est le fond de la contribution que nous avons remis au Commissaire Enquêteur et au Vice Président de la Région et dont je vous présente une synthèse …

 

 

 

deviation-3.jpg

Distribution de la pétition durant le bouchon quotidien

 

L’Île-de-France est multiple, riche des différents territoires qui la composent : Paris, la zone dense de sa périphérie, les villes moyennes de la grande couronne, le secteur dit « péri urbain », puis au bout du bout, les grands espaces naturels, forestiers ou agricoles des franges franciliennes.
Il n’est pas possible de réduire notre region au seul fait métropolitain, c’est tout l’enjeu d’un document stratégique de portée globale qui se doit de s’adresser à tous ces territoires pour apporter des réponses concrètes aux différents problématiques qu’ils doivent surmonter aujourd’hui, et demain.

Il ressort du schéma directeur proposé que les infrastructures liées au transport inscrites pour la Seine et Marne, sont relatives au réseau du Grand Paris Express. Ma volonté n’est pas d’opposer le bien fondé de tel ou tel projet, mais de rappeler les nuisances quotidiennes et croissantes subies par des milliers de franciliens de la grande couronne, pour lesquels il est important que le SDRIF propose des perspectives d’amélioration d’ici 2030.

D’autant que ce même document fixe un rythme de production de 70 000 logements / an; la Seine et Marne prend toute sa part dans cet effort, rappelons qu’entre 1982 et 2009 elle a connu la plus forte croissance démographique du pays avec une hausse de 10 % de sa population qui a doublé entre 1968 et 2004, pour atteindre 1,25 millions d’habitants !
A contrario, le taux d’emploi (0,66 emploi pour un actif) est un des plus faibles du pays, conséquence, les seine et marnais se déplacent, hors département pour aller travailler, le plus souvent vers la région parisienne.
L’infrastructure de transport, routier et ferré qui maille notre département date des années 1970, elle est totalement sous dimensionnée aujourd’hui, c’est dire son inadaptation aux enjeux de la Seine et Marne de 2030 ! Un constat qui concerne autant les transports ferrés que routiers. C’est le sens de la contribution de la ville de Trilport qui aborde le domaine éminemment stratégique des mobilités et des contraintes de plus en plus fortes, qui fragilisent ce territoire et altèrent gravement le cadre de vie et le quotidien de milliers d’habitants et d’usagers.

La déviation de Trilport figurait dans le précédent SDRIF de 2008 conduit par Mireille Ferri. Son élaboration avait privilégiée une vision grand angle ne négligeant ni la grande couronne, ni les franges franciliennes, et intégrant les problématiques particulières et spécifiques de certains territoires dont la Seine et Marne. Si un élément caractérise le nouveau Schéma Directeur, c’est l’importance prise par le réseau et l’infrastructure du Grand Paris Express (GPE) dans la réflexion régionale.
Un prisme quelque peu déformateur, tant cette future infrastructure impacte également la grande couronne vu la nécessité de mettre à niveau le réseau actuel sous dimensionné et défaillant, de l’interconnecter avec celui  du GPE dans une logique de maillage et de privilégier une logique inter modale intégrant pour la Seine et Marne le réseau routier dans cette approche : bus, parcs relais …

Développer un territoire ne peut se limiter à « produire » de l’habitat, mais doit intégrer d’autres impératifs dont ceux du dimensionnement de l’offre en transport comme en infrastructures afin d’accompagner la dynamique territoriale. La route constitue en Seine et Marne, et pour de très longues années, un vecteur incontournable pour les habitants, le développement économique mais aussi les circulations de transit, y compris en provenance de la petite couronne ou de Paris.

 Les deux demandes émises par la ville  de Trilport répondent à cette nécessité et constituent des opérations d’intérêt régional du fait de leur portée symbolique, leur importance en terme d’aménagement et d’attractivité d’un territoire dont certains pans sobt considérés à tort ou à raison comme délaissés, de leur incidence directe sur le cadre de vie quotidien de plusieurs milliers d’habitants, mais aussi du cout de leur réalisation, qu’une intercommunalité ou un département ne peuvent supporter seuls.
Chacun peut comprendre vu le contexte budgétaire contraint actuel que le tour de table destiné à financer de telles infrastructures ne soit pas immédiat,mais d’ici 2030, bien des évènements peuvent se produire !
Ne pas inscrire aujourd’hui dans le Schéma Directeur Régional la réalisation de ces opérations  les condamnent de fait jusqu’en 2030, ce que les habitants qui subissent des nuisances de plus en en plus insupportables ne peuvent accepter.

Le présent ne doit pas hypothéquer l’avenir, et la création du réseau du Grand Paris Express interdire aux territoires de la Grande Couronne un développement harmonieux. La Seine et Marne est avant tout une terre d’avenir et de projets, qui porte les ferments d’un développement original respectueux des priorités environnementales et sociales de ce Schéma Directeur Régional

Encore un effort …

 

 

 

Historique du dossier

Ce n’est en réalité qu’en 2004, que le dossier de la déviation de Trilport a été lancé, même si dans l’inconscient collectif local, il est présent depuis les années 1970.

C’est à l’initiative de Vincent Eblé à son arrivée aux responsabilité de Président du Conseil Général de Seine et Marne suite aux nombreuses demandes des élus locaux que concrètement les services départementaux ont été chargé de lancer un dossier qui jusque là n’avait jamais été ouvert.

 

Première étape : l’élaboration du fuseau de passage de la déviation

Il a fait l’objet d’une importante concertation (2004 / 2006) entre les acteurs économiques, institutionnels et associatifs, en intégrant de multiples contraintes : typologiques (zone de forte pente, zone inondable), destination des sols et plus particulièrement les zones agricoles et boisées, présence de la voie ferrée Paris – Strasbourg, du canal de l’Ourcq et  Marne,  mesures de protection (captages, ZNIEFF, boisement ), bruit et insertion paysagère dans la vallée de la Marne.

 

Deuxième étape : prise en considération par l’assemblée départementale.

L’assemblée départementale a voté la prise en considération de la déviation (2007) avec une estimation de l’aménagement à 45 000 000 € (valeur janvier 2007), dont 1 000 000 € en acquisitions foncières. Au regard du montant de cette réalisation, le Département de Seine-et-Marne, maître d’ouvrage, dans l’incapacité de réaliser seul cette infrastructure doit rechercher un cofinancement auprès de différents acteurs : Région Ile de France, intercommunalités …

 

Troisième étape : le vote du financement des études

La région ayant retenu la déviation dans son projet de Schéma Directeur (2008) a voté avec le Conseil Général dans le cadre du contrat particulier : « Région / Département 2007 / 2013 », le vote des études fines du contournement (4,3 millions d’euros).

Mais le gouvernement Fillon a refusé de valider le Schéma Directeur de 2008 voté par l’Assemblée Régionale et faisant l’objet d’un réel consensus du fait des lois sur le Grand Paris a depuis bloqué l’avancée du dossier, jusqu’à cette enquête publique. 

 

deviation-6.jpg

Remise de la pétition et de la Contribution au Vice Président
avec les Conseillères Régionales Genevieve Wortham et Brigitte Eude 

 

Energie: passer de la culture « pastèque » à celle « des groseilles »

pierre-radanne.jpgJ’ai participé à la conférence « Quelles énergies pour demain ? » organisée par le Cercle Condorcet à Trilport, avec Pierre Radanne pour invité. Cette association issue de la Ligue Française de l’Enseignement cherche à développer l’esprit critique et le débat citoyen, autant dire que ce débat a répondu à cette double exigence. Acteur incontournable des problématiques climatique et énergétique, Pierre Radanne en connaît tous les rouages, qu’ils soient institutionnels, économiques, scientifiques ou encore politiques : ancien Président de l’ADEME, consultant indépendant auprès de nombreux pays et de collectivités, expert international, créateur de l’association 4D, membre de Terra Nova, il est non seulement un homme influent et d’influence, mais également un défricheur et un agitateur d’idées qui fait avancer incontestablement les lignes. Particularité et non des moindres, il se situe tant dans le champ du concret que dans celui des possibles, considérant que lorsque le global ne s’incarne pas dans le local et la proximité avec le citoyen, il reste lettre morte.

L’époque est cruciale, notre génération est placée face à des choix qui engagent non seulement le présent mais hypothéquerons également l’avenir et le destin de nos enfants. Il nous faut surmonter nombre de défis qui peuvent devenir de véritables bombes à retardement : réchauffement climatique, crises énergétique, croissance démographique, fracture alimentaire et développement des pays émergents… Les réponses à apporter seront à la fois : globales, le réchauffement climatique ignore les frontières des nations, locales, car elles doivent être concrètes et rapides, mais également individuelles, la moitié des émissions de gaz à effet de serre provient directement des habitants.

La question du changement climatique ne pourra être résolue sans l’adhésion de chacun, encore faut il qu’il soit en capacité d’accepter ces contraintes et la crise économique et financière qui secoue actuellement nos pays constitue en fait une véritable mutation, nous sommes dans le structurel dur et non le conjoncturel et devons prendre les décisions qui s’imposent, d’autant que le volet énergétique est une composante de cette mutation, et que la part de l’énergie dans nos déficits actuels (budget, balance commerciale) est significative.

Pierre Radanne résume simplement l’enjeu énergétique pour le 21e siècle : «Comment passer de la culture du pastèque, à celle des groseilles …

C’est le sens de son intervention et de pas mal d’idées communes en matière que je vais tenter de restituer … 

 

pierre radanne.jpg

 

Pour la première fois depuis son apparition sur terre, l’homme arrive à un point de non retour, le « toujours plus » grignote désormais les limites physiques de la planète, aucune civilisation n’était jusque là arrivé à un tel stade. La croissance depuis la révolution industrielle est la quête des pays développés, elle a permis de multiplié des richesses dont la répartition qui a été à l’origine d’une confrontation entre responsables économiques et acteurs sociaux (lutte des classes) s’est transformé progressivement en compromis politique et social. Mais beaucoup oublient que ce développement s’est effectué au dépend de pays qui veulent désormais y accéder, volonté qui bouleverse les équilibres d’antan.

Mais depuis les années 80, une nouvelle donne émerge : le réchauffement climatique. D’abord hypothèse théorique, puis scénario plausible, peu à peu au rythme des études scientifiques il devient une certitude avéré, avec pour origine principale les effets anthropiques sur les écosystèmes des émissions de CO2 dues principalement aux énergies carbonés. Dans le même temps les écarts de richesse entre pays riches et pauvres s’accentuent, même si le développement des BRICI (Brésil, Russie, Inde, Chine et Indonésie) bousculent cet équilibre. La croissance continue et exponentielle de ces pays exerçant une pression très forte sur la ressource énergétique et les matières premières.

Le paysage énergétique présent depuis les années 1960, s’érode progressivement, pourtant l’omniprésence du pétrole est toujours aussi forte, mais à l’image du pommier, ce sont les fruits placés sur les branches les plus basses qui ont été cueillis, désormais il faut accéder aux plus hautes branches, moins accessibles, ce qui demande plus d’efforts et revient plus cher (offshore, schistes … ). Les équipements et infrastructures réalisés à cette époque approchent d’une fin prochaine et vont nécessiter dans la prochaine décennie des investissements considérables. Spécificité française, les centrales nucléaires datant principalement des années 70 nécessitent des interventions techniques importantes pour prolonger leur existence. Elles sont à l’origine de l’électricité comme choix énergétique majoritaire de nos concitoyens, une spécificité mondiale. Conséquence évidente, le prix de l’énergie qu’elle soit carbonée ou électrique va continuer d’augmenter sensiblement dans les prochaines années et mettre dans le rouge beaucoup de nos concitoyens. La précarité énergétique concerne de plus en plus de foyers (lorsque plus de 10% des revenus est consacré aux dépenses énergétiques) selon les derniers sondages, près de 11% des Français (3 millions de foyers) reconnaissent avoir eu récemment des difficultés à payer leur facture d’électricité. L’augmentation devient vite insupportable pour les ménages vivant dans des passoires thermiques que sont encore de trop nombreux logements, souvent le stress puis la précarité énergétique se transforme en précarité tout court. Rappelons que le tarif (hors TVA) de l’électricité a augmenté de 20% en cinq ans, moins que le gaz (+80% depuis 2005), mais devrait augmenter de 30% de plus d’ici 2016, selon la Commission de régulation de l’Energie (CRE).

Nous avons l’impératif de reconsidérer notre approche énergétique en explorant simultanément les pistes d’une sobriété renforcée, des énergies renouvelables et d’un nouveau mix énergétique. Relecture qui doit intégrer les réalités techniques, économiques mais aussi géo politiques. Il s’agit d’effectuer les bons choix stratégiques d’investissements, ceux qui se révèleront les meilleurs pour le réchauffement climatique, les plus pérennes,  puis mettre en place de nouvelles filières et réseaux de distribution et effectuer une véritable révolution copernicienne. Passer d’une « économie pastèque », monoproduit (électricité ou pétrole), sophistiquée (notamment avec le nucléaire), porté par un réseau distributif descendant et centralisée, pilotée par de grands opérateurs (EDF), à une « économie groseilles », composé d’une multitude de sources d’énergies, de petits acteurs, par définition délocalisés, reposant sur des réseaux intelligents transitant l’énergie dans les deux sens. Les investissements à réaliser dans les prochaines années sont capitaux, il s’agit non de créer de faux éco systèmes ou des bulles spéculatives sans fondement (photovoltaïque) mais de développer de nouvelles filières pérennes, ce qui nécessite du politique des choix éclairés puis surtout constance et stabilité ensuite.

Une évidence cependant, l’énergie la plus économique est bien celle que l’on ne consomme pas. Nous devons développer une société plus sobre, dans nos investissements (développement de l’efficacité énergétique, transport en commun, éco quartiers…)  mais agir de manière très volontariste dans la rénovation thermique du bâti, en direction des ménages vivant dans des logements mal isolés, qui le plus souvent ne peuvent supporter le cout d’une telle rénovation.  La frange francilienne et le péri urbain sont des secteurs ou le bâti est énergivore. Une telle politique est à la fois bonne pour l’emploi et l’économique mais également pour la réduction de nos déficits. Il faut l’ériger en politique publique prioritaire et déplacer le seuil de rentabilité de telles rénovations en prenant en compte la précarité énergétique des ménages qu’ils soient locataires ou propriétaires et agir vite, en ce domaine un euro de dépenses génèrent plusieurs euros d’économies et de baisse de la consommation. Nous pouvons également inverser le point de vue. : à combien s’élèvera l’addition énergétique si nous n’agissons pas ? Les sources de  financement à explorer peuvent être des incitations fiscales, financières (intervention du réseau bancaire) ou des intervention publiques directes. Mieux vaut combler directement les passoires thermiques que continuer à verser notre contribution au tonneau des danaïdes que constitue une part de notre dépenses énergétique !

Notre pays possède dans le domaine de l’efficacité énergétique un potentiel incroyable : matériaux bio sourcés, présence de forêts dans chaque grande région, qui lui donne la possibilité  de mettre en place des stratégies différenciées dans chaque territoire en tenant compte des différents éléments de contextualisation. Il lui faut organiser des réseaux transversaux alliant monde de la recherche et de la formation, entrepreneurs, acteurs publics et placer la question énergétique au premier rang des priorités du pays. Elle est créatrice d’emplois locaux, de richesses, et agit directement sur les déficits. Il faut privilégier les réponses locales, en privilégiant le développement de modes de vie plus sobres. Comme le souligne Pierre Radanne «Promouvoir la transition énergétique revient à défricher des solutions adaptées aux réalités des territoires ».

Le développement des Plans Climat Energie Territoriaux constitue en ce domaine une opportunité très prometteuse. Pierre Radanne conseille d’ailleurs certaines collectivités en ce domaine (Région, grandes villes …). Chaque territoire porte en lui les germes d’une solution authentique et légitime, le monde change c’est une évidence, l’approche urbaine comme nos modes de vie doivent changer également en intégrant les ferments d’un développement à la fois plus durable et solidaire. Le politique doit être à la hauteur d’enjeux qui engage le présent mais également le futur proche et lointain. La lutte contre les émissions de gaz à effets de serre, l’adaptation au réchauffement climatique et la protection de la bio diversité et des ressources planétaires doivent être la ligne de conduite commune.

Le prochain mixt énergétique (mais il émerge déjà peu à peu) sera composite, mêlant sources d’énergie dite intermittentes (solaire, éolien), à des plus régulières : hydraulique (production fil de l’eau, éolienne offshore), biomasse, cogénération, méthanisation et une part décroissante de nucléaire, en intégrant des solutions spécifiques au chaffage et à la production d’eau chaude sanitaire : pompes à chaleur, géothermie. Sans oublier les pistes que la recherche consolide peu à peu : hydrogène, pile à combustible, stockage de l’énergie produite et développement des Smart grids.

Cette nouvelle donne ne doit pas privilégier une approche descendante (« top down ») mais ascendante (« bottom up ») reposant sur une évolution comprise, assumée et intégrée de chacun dans ses comportements individuels. Ce qui exige des décideurs qu’ils soient politiques ou acteurs économiques sens de la pédagogie, mise en place des mesures d’accompagnement adaptées permettant et facilitant une transition énergétique, pour toutes les catégories de la population en tenant compte des difficultés financières (pour les habitants) ou budgétaires (pour les collectivités). Il faut faire preuve de solidarité, tant nous sommes tous liés.

Nous devons passer de la culture « pastèque » d’antan et d’aujourd’hui à la culture « groseilles », en précisant que chaque groseille revêt une saveur, une couleur ou une taille différente selon les contraintes des latitudes. Mais pour que la greffe réussisse, il faut cultiver l’adhésion et l’implication des populations, en matière d’énergie et de réchauffement climatique, seul l’usage fait sens.

Comme le souligne Pierre Radanne « il y a un infini dans un monde fini » en faisant référence au progrès scientifique et au développement de la relation à l’autre avec les nouvelles potentialités ouvertes par l’informatique.

 « Un enfant aura dans sa vie qui s’étirera sur tout ce siècle, avec son téléphone portable et internet, accès à plus de personnes, à plus de connaissances et à plus d’expressions culturelles que toutes les générations qui l’ont précédé ».

« Un nouvel horizon s’ouvre. La communication, la culture, l’accès aux autres constituent la nouvelle voie de développement, le nouveau champ d’expansion de l’aventure humaine ».

« Nous passons d’une société de consommation, prédatrice à l’encontre de la planète à une société relationnelle ».

C’est une vision humaniste et citoyenne du progrès qu’il privilégie dans son approche de la mutation énergétique, espérons que les faits lui donneront raison, encore faut il ne pas trop tarder pour s’engager dans cette voie …

Sus aux groseilles !